Avant son étape malouine, l’édition hiver 2026 de la Route du Rock démarrait le jeudi 5 mars sur la scène club de l’Antipode. En guise d’échauffement, nous avons eu droit à une soirée hautement contrastée avec la folk extraterrestre d’Anastasia Coope, la revisite de l’indie rock des 90’s de Green Star et le rock noisy et débridé d’Heavy Lungs en guise de feu d’artifice final. Retour en mots et en images sur une soirée qui aura pris son temps pour exploser.

C’est désormais une habitude bien ancrée, la session hiver 2026 du festival malouin débutait le jeudi soir par une étape à l‘Antipode de Rennes. Cette année, c’est sur la chaleureuse scène club qu’on retrouvait la triplette de concert proposée. L’affiche composée pour l’occasion nous avait laissé un peu dubitatif à l’exception des Heavy Lungs dont on attendait avec impatience de vérifier de visu la réputation scénique plus qu’élogieuse.

Pour ouvrir le bal, on découvrait la jeune new yorkaise Anastasia Coope. Originaire de Cold Spring, dans la vallée de l’Hudson, elle mêle folk et expérimentation pour bâtir un univers intimiste et onirique dont la fragilité nous avait plutôt charmé.e.s sur disque. Elle a d’abord sorti en 2021 un EP autoproduit Seemeely, puis un premier album, Darning Woman chez Jagjaguwar en 2024. Elle venait boucler à Rennes la tournée consécutive à la sortie de DOT son dernier EP d’octobre 2025. Sur scène, elle chante et alterne claviers et mélodica tout en étant accompagnée d’un batteur. Une voix profonde, des ambiances singulières, des compos étranges et souvent imprévisibles, sur le papier, il y avait tout ce qu’il faut pour nous plaire. Pourtant, nous ne parvenons pas à totalement nous laisser happer par l’univers de la demoiselle. La faute peut être à des rythmiques trop convenues ou à des compositions un poil trop monotones sur le dernier tiers du set. Nous restons donc au bord du chemin, simple spectateur lointain déçu de ne pas pouvoir faire partie du voyage.

Après cette frustrante entrée en matière, nous retrouvons le cosmopolite quatuor green star. Composé de Lilah Bobak à la basse et au chant (Los Angeles), de Pedro Soler (Majorque) et Alberto De Torre (Madrid) aux guitares et de Dylan Salvi à la batterie, le groupe mélange shoegaze, noise rock et dream-pop dans la grande tradition des musiques indés sombres des années 90. Ils ont sorti en mai 2025 chez GSR Records, Bleeding Swirls, un premier EP qui a recueilli moults compliments dans la presse. Là encore, il y a de quoi en théorie ravir nos vieux os et faire vibrer quelques cordes de notre fibre nostalgique. mais pour la seconde fois de la soirée, la formule ne va pas prendre. Compositions trop prévisibles, son manquant d’abrasivité et d’ampleur, trio de voix perdues dans le mix et forçant en permanence sur le grave, nous restons de nouveau de marbre tout le long d’un set durant lequel le temps nous parait bien long.

À ce moment de la soirée, on commence à sérieusement envisager de finalement se coucher tôt, mais c’était sans compter sans les Heavy Lungs.
Dès les premiers morceaux, nous sommes en effet rassuré.e.s et ragaillardi.e.s. On va enfin avoir un groupe qui tient ses promesses. Le quatuor de Bristol a déjà à son actif deux albums : All gaz no breaks (le programme est clair) de 2023 et le plus récent et tout aussi tonitruant Caviar sorti en avril 2025 chez FatCat Records, Sur disques, malgré quelques bombinettes irrésistibles, un humour féroce et désarmant et une énergie indéniable, on trouve quand même que le groupe peine à se distinguer dans la masse de formations anglaises du même style. Sur scène, on va rapidement se rendre compte que c’est une tout autre affaire. Compagnons de longue date d’IDLES, aguerris lors de première partie de tornades scéniques comme Osees ou METZ, les lascars ont visiblement été à très bonne école.

Énergie folle, son massif comme un accident de pois lourd, chaos soigneusement orchestré et chorégraphié, savante gestion des (rares) temps morts, les Heavy Lungs nous offrent une démonstration de savoir-faire totalement délicieuse d’un bout à l’autre. À l’heure d’une surenchère scénique un peu trop systématique à notre goût sur les scènes, il est extrêmement plaisant de voir une formation capable de dégoupiller toutes les grenades incendiaires classiques tout en restant d’une maîtrise impeccable, d’un naturel désarmant et sans qu’à aucun moment, ils ne donnent l’impression de forcer le trait. Chapeau la bande et on guettera avec une grande attention leur retour dans le coin.
Seul petit regret, malgré quelques pogos polis, le public est resté bien sage face à un tel déferlement d’énergie. La bande aurait largement mérité un poil plus de folie.

