Pour fêter en musique le départ de l’édition 2026 du festival de cinéma Travelling, l’événement s’est acoquiné avec Canal B et l’asso Des Pies Chicaillent pour nous offrir une soirée de concerts 100 % californiens. Ça se passait sur la scène club de l’Antipode, le mercredi 11. Au programme, la pop rêveuse et délicate de Cindy et les envolées folk sensibles de la harpe aventureuse de Mary Lattimore. Retour en mots et en images sur une jolie parenthèse californienne au cœur de notre hiver.

La 37ᵉ édition du festival Travelling explore du 10 au 17 février 2026 l’imaginaire cinématographique foisonnant et hautement contrasté de la ville de Los Angeles. En plus d’une programmation filmique assez folle, l’événement n’a pas oublié les fans de musique. Clair Obscur a ainsi multiplié les partenariats avec de chouettes acteurs locaux. Ce sera le cas en clôture de festival avec le très prometteur hommage à l’univers unique du regretté David Lynch par Olivier Mellano co-organisé avec le festival Autres Mesures. Avant ça et avec la complicité de Canal B et de la toujours impeccable asso Des Pies Chicaillent, ils nous ont concocté un double rayon de soleil californien qui a illuminé la scène Club de l’Antipode le mercredi 11 février.

Cela démarrait avec l’aventureuse harpiste Mary Lattimore. Elle avait, le matin même, enchanté un amphithéâtre des Champs-Libres bondé et elle semble ravie de remettre le couvert avec un set qu’elle nous annonce différent du premier. Vous avez peut-être déjà écouté sans le savoir le travail de cette harpiste de Los Angeles au gré de ses multiples collaborations pour le cinéma ou avec Jarvis Cocker, Thurston Moore, Sharon Van Etten, Steve Gunn, Arcade Fire… et on en passe. La californienne, son imposante harpe et son rack de boucles et d’effets nous embarque instantanément dans un voyage à travers des paysages sonores délicats et enveloppants. Devant un public d’une écoute remarquable, elle déploie ses compositions sensibles en laissant une part non négligeable à l’improvisation. Emportée par la ferveur du public, elle se surprend elle-même en livrant une version particulièrement joyeuse d’un titre pourtant très mélancolique sur disque. Entre deux étapes de cette belle odyssée musicale, elle se confie sur son envie de demander l’asile loin de Donald Trump ou sur son expérience récente à la Philharmonie de Paris. Grâce au label français InFiné, elle et la compositrice Julianna Barwick ont en effet eu accès à la riche collection d’instruments du musée de la musique. Le résultat de cette expérience a été gravé sur le disque Tragic Magic sorti en janvier et dont elle nous livre quelques revisites en solo dans ce concert. Mise en confiance par une audience conquise, elle se laisse aller et ses interprétations laissent une part grandissante à l’expérimentation au fil du set. Avec toujours une grande délicatesse, elle utilise donc dissonances et boucles vertigineuses dans un crescendo assez fascinant. Puisque tout doit avoir une fin, la bulle finit pourtant par éclater et nous en sortons conquis.e.s et avec des étoiles dans les oreilles.

Pas facile d’enchainer après ça pour le quatuor californien Cindy. La chanteuse Karina Gill est accompagnée ce soir-là sur scène par Will Smith (Now), Staizsh Rodrigues (Children Maybe Later) et Oli Lipton (Now, Violent Change). Des voix, une guitare, une basse et un tambourin sont les outils avec lesquelles ils bâtissent leur univers musical cotonneux et épuré. On mettra un peu de temps à entrer dans l’atmosphère fragile de cette dream pop mais au bout de quelques morceaux, on finit par se faire embarquer. Guitares à peine effleurées, voix rêveuses, rythmiques diaphanes, tout est ici histoire de délicatesse et, même quand leurs compositions se font par moments plus sautillantes, elles gardent un charme mélancolique assez irrésistible. La setlist de la bande nous balade au fil de quatre albums majoritairement sortis sur le label Tough Love, avec quelques incursions dans leur très attendu cinquième album. Moins onirique que le concert précédent, la prestation de Cindy n’en a pas été moins émouvante avec sa simplicité désarmante.
À l’heure où la surenchère scénique est un poil trop systématique, que ce fut plaisant de se laisser embarquer par deux concerts misant d’abord sur l’émotion. Merci donc Des Pies Chicaillent, l‘Antipode et Travelling pour cette chouette bulle de douceur au coeur de l’hiver.
Notre galerie photos de la soirée :
![[concert] Mary Lattimore et Cindy @ Antipode, Rennes](https://live.staticflickr.com/65535/55095548615_957f85d4a0_z.jpg)