Les urinoirs mobiles : pour les hommes, l’assistanat et pour les femmes, la cystite !

Après une première expérimentation au cours de l’été 20171, la municipalité s’est félicitée de pérenniser la mise en place d’urinoirs mobiles, du jeudi au samedi, dans des lieux définis avec le service propreté de la ville. Plutôt que de combattre l’incivilité des hommes à s’épancher n’importe où sur la voie publique (NDLR : même sur un mémorial, lire au bas de l’article) et à leur apprendre les règles du bien « vivre-ensemble », on préfère leur accorder le droit d’uriner à la vue de tout le monde.

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« Sexisme », « discrimination », « exhibitionnisme », très vite, de nombreux commentaires ont dénoncé cette décision qui exclut, de fait, les femmes qui représentent pourtant plus de la moitié de la population rennaise2, même pour les adeptes du « pisse-debout ». Ces pissotières s’ajoutent donc à la longue liste des privilèges accordés aux « mâles ».

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Face à ces critiques et devant cette inégalité de traitement, le community manager de la page d’actualité des politiques publiques de Rennes et Métropole (NDLR : https://www.facebook.com/rennesici/, voir ci-contre) a expliqué laconiquement qu’il « existe des toilettes publiques partout en ville aussi ». Répondre aux femmes de se contenter de ce qu’elles ont a de quoi surprendre et choquer. La municipalité feint-elle de croire que le manque de sanitaires ne serait qu’un problème masculin ? Clara Greed, professeure d’urbanisme à l’université de Bristol, a clairement démontré que ce sont les femmes qui ont le plus besoin de toilettes publiques propres et bien aménagées3 mais paradoxalement, ce sont aussi celles qui en ont le moins !

Devant l’inaction des politiques, Elisa Otañez, créatrice du Yellow Spot4, un cabinet de toilettes mobile, s’interroge alors. « Les femmes doivent-elles faire pipi en public, dans un coin, dans la rue pour avoir leurs propres toilettes publiques5 ? » Sans aller jusque là, un collectif à Paris avait dénoncé ces mobiliers urbains en collant plusieurs autocollants aux slogans revendicatifs6. Une partie du personnel de la mairie espère sans doute que la customisation des urinoirs rennais par un street-artiste les en préserve pendant quelques jours.

Localement, une demande d’augmenter le nombre de toilettes pour femmes7 a été déposée dans le cadre du budget participatif. C’est une manière comme une autre de sensibiliser nos élu·e·s à cette problématique de la longue file d’attente devant le seul « WC disponible alors que plusieurs pissotières ont été pensées pour ces messieurs », comme l’écrit l’instigatrice du projet. Malheureusement, autant pisser dans un violon ! Il a été retoqué par les services compétents avec une fin de non-recevoir. « La Ville de Rennes disposent déjà de sanitaires publiques et aucun emplacement n’a pu être trouvé pour en construire de nouvelles » peut-on lire dans la réponse officielle.

Didier Le Bougeant, adjoint chargé au Maire et chargé de la vie des quartiers, a tenté d’expliquer pendant la soirée de restitution publique de #Rennes2030 (NDLR : lire notre article), que la construction de blocs sanitaires accessibles pour tou·te·s dans le centre-ville « a un surcoût extrêmement important » et « est soumise à des contraintes de l’Architecte des Bâtiments de France ». On a eu l’envie pressante de lui répondre « Et alors ? ». La tour signal, aussi led qu’inutile, posée sur l’ancien couvent des jacobins, est la preuve de la célèbre maxime : « Quand on veut, on peut ! » Les toilettes publiques restent finalement un puissant révélateur des inégalités entre les sexes et ne doivent pas accentuer l’hégémonie masculine dans la ville.

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Le mémorial rendant hommage à Dorian, jeune rennais battu à mort, près de la discothèque l’Espace était régulièrement pris pour un uritrottoir. Ses proches ont dû écrire et afficher un avertissement pour tenter de le préserver au maximum comme nous le montre notre photo ci-dessous, prise le week-end dernier. (Merci à Hypathie pour sa vigilance)


Liens et notes de bas de page

1 Rennes teste les urinoirs mobiles les soirs de fête
2 Rennes compte 110 535 femmes et 99 325 hommes (en 2014)
3 Référence : Taking women s bodily functions into account in urban planning and sustainability. Inclusive Urban Design: Public Toilets.
4In Eindhoven, there is a current lack of public toilets for women which represents a form of coercion, segregation, and discrimination from public space.
5 En réaction à l’absence de toilettes publiques pour femmes aux Pays-Bas, une étudiante invente des WC ambulants
6 Des «Pisseuses» pour empêcher les hommes de pisser
7 Les filles aussi ont besoin de faire pipi en ville.

Photo de couverture : Manneken Pis/FLICKR par Prabhu B Doss

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La ville n’aurait donc de féminin que son nom ?

 

 

1 commentaire sur “Les urinoirs mobiles : pour les hommes, l’assistanat et pour les femmes, la cystite !

  1. Anonyme

    Quelle horreur que ces pissotières et devant une église en plus! Nos édiles on vraiment , partout, un goût de chiottes!

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