Seconde manche gagnante pour Total Victory

Le jeune mais pourtant déjà fort joliment achalandé label rennais Kerviniou Recordz avait la riche idée d’inviter mercredi 29 octobre, au Bar’Hic, les cuivres aventureux de Trombe et les incandescents anglais de Total Victory. Retour sur une soirée idéalement flamboyante.

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Nous étions un certain nombre à avoir coché d’une croix rouge la date du 29 octobre dès l’annonce du retour au Bar’Hic des Mancuniens de Total Victory. Les louanges dithyrambiques des chanceux ayant eu l’immense plaisir de se prendre la céleste dérouillée qu’ils avaient administrée au même endroit, il y a un an, ont semble-t-il fait leur effet. En effet en ce mercredi de deuxième semaine des vacances de la Toussaint, le bar affiche dès le début de soirée un public déjà assez compact.

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Tant mieux pour le trio Trombe qui va pouvoir jouer devant un public conséquent et attentif. Les deux saxophonistes Tom Bodlin et Pierre Godhouse sont installés face à face, de part et d’autre de la batterie d’Herrwan Von Kerpot. Ça démarre joliment en vrille, avec un duo vibrionnant de hanches planant au dessus de rythmiques free jazz à souhait. Ils enchaînent avec un savoureux jeu de ping-pong entre les deux saxophonistes, se renvoyant avec un plaisir communicatif les notes. A un autre moment, le longiligne sax soprano s’aventure en Orient pendant que le sax basse rugit férocement. On se prend très vite au jeu de cette musique oscillant entre structures très cadrées (les musiciens se surveillent les uns les autres avec attention et complicité) et improvisations sauvages. Nos trois lascars concassent leurs rythmiques et digressent sur leurs sonorités avec une puissance féroce et une liberté réjouissante. L’univers musical exploré est aussi vaste qu’excitant. Avec une énergie remarquable, le batteur en fait voir des vertes et des pas mures à un assortiment de cymbales renversées ou autres clochettes ne tenant pas en place. Les deux cuivres ne déméritent pas moins du côté de l’énergie déployée et on souffre même quelque peu de les voir autant se démener dans une chaleur déjà étouffante. Une très belle prestation et une entame parfaite pour la soirée, qui nous confirme qu’il faut suivre de près tout ce que fait l’hyperactif monsieur Bodlin.

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Après une preste installation, les cinq gars de Total Victory entrent en piste dans une ambiance délicieusement fébrile. Nous retrouvons donc le puissant batteur James Ellams, le classieux bassiste Matthew Leonard, les fougueux guitaristes Matthew Evans et Martin Mansell et l’intense chanteur Dan Brookes. L’équipe reste donc identique à celle de l’année précédente, même si un peu d’embonpoint a gagné certains et que Brookes a troqué son maillot de foot vintage et germanique pour un t-shirt arborant la fameuse citation de ces branleurs de Mogwai : « Blur : Are shite » (On épargnera la traduction aux fans de Damon Albarn). Le public est venu en nombre et les attentes semblent atteindre des hauteurs stratosphériques. D’autant plus que le Bar’Hic affiche archi-complet avec une bonne centaine d’entrées et que la température est déjà caniculaire avant même le premier riff.
Les Mancuniens vont reprendre les choses exactement là où ils les avaient laissé un an plus tôt, par un tonitruant Arnhem avec sa basse incisive et son « in love » répété en boucle. Ça tombe bien puisque le coup de foudre entre public et musiciens va frapper une seconde fois. Nos doutes sur leurs capacités à réitérer leur énorme prestation de 2013 volent vite en éclats. Viennent ensuite le riff strident de Conservative Girls puis l’hypnotique et inéluctable montée de Fiat Lux, enchaînée bien évidemment comme sur leur premier album avec l’époustouflant Omnivictory et son accélération foudroyante. A ce stade, la température est à peine tolérable et le plaisir est total. Le concert est une nouvelle fois une démonstration époustouflante de puissance scénique alliée à des compos hors classe. La générosité et le talent de ces gens est un bonheur rare et précieux dont on savoure l’honneur de pouvoir le partager une seconde fois. Sur un nuage, on se délecte du splendide et déchirant North of Here avant de brailler en chœur les paroles de l’énorme National Service qu’on connaît par cœur depuis belle lurette. Nous avons alors droit à un nouveau morceau, tout aussi bon, avant de lâcher définitivement toutes les amarres sur l’immense What The Body Wants The Body Gets. Les gars trouvent encore l’énergie de nous achever en rappel avec l’imparable Churchbuilder et une version totalement folle de King of discipline.
Même si le public en feu en réclame encore, la bande s’arrêtera sur cette apothéose. Quand on voit ce qu’ils nous ont offert en s’étant levés le matin même à 3h, ça laisse un peu rêveur. Depuis cette superbe confirmation, nous avons déposé une demande aux autorités en bonne et due forme pour qu’un jour de novembre au choix de la préfecture soit désormais férié des deux côtés de la Manche, et baptisé « Kerviniou Recordz Day », pour pouvoir faire venir annuellement la magnifique bande de bienfaiteurs des Total Victory.

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