La Route du Rock 2017 – Pas de répit pour les braves [compte-rendu du vendredi]

Après une première soirée apéritif à la Nouvelle Vague affichant complet jeudi, le festival La Route du Rock a débuté ce vendredi 18 août au Fort St Père. Une soirée sans temps mort (difficile de trouver le temps de manger !) qui nous a filé son lot de frissons et de belles suées. On vous raconte.

Le soleil darde. Les remparts protègent du vent. Ça commence plutôt pas mal, se dit-on. D’autant que la power pop mi-psyché mi-shoegaze du quatuor Froth permet de se mettre doucement dans le rythme du festival. Le quatuor californien déroule en effet les références chères aux ADN indie des festivaliers : guitares claires, parfois aériennes et vaporeuses à la Real Estate, avec un soupçon de Deerhunter, qui parfois se permettent des détours bien shoegaze lors de climax (un peu) plus orageux (Passing Things). Alors certes, ça manque un brin d’originalité, mais la voix du chanteur est un bel atout, les compos tout à fait honnêtes et le groupe bien en place (malgré un petit incident sonique qui les fait rire franchement). Au final un concert bien sympathique, parfait pour une mise sur orbite réussie de la soirée, avec les copains autour, l’apéro à la main.

La bande d’allumés californiens Foxygen étrenne ensuite la grande scène du fort. Il y a foule sur scène dont une très sympathique section cuivre. Tout ce beau monde, chanteur en tête, en fait des caisses et le délire pop azimutée est très plaisant. Dommage que cette folie ensoleillée ne tienne pas sur toute la longueur faute à des compos parfois moins inspirées.

Forcément le Fort bruisse de frissons quand Dame PJ Harvey apparaît sur scène, avec une entrée époustouflante, marquée par les scansions rythmiques à la grosse caisse, qui colle tout de suite dans l’ambiance. Dans le public ça crie d’impatience, de bonheur, d’attente enfin récompensée. Sur scène, visages de marbre, déplacements réglés au millimètre, arrangements instrumentaux niveau 3 étoiles Michelin qu’il s’agisse du violon, des claviers, des guitares, des percussions, des cuivres, des chœurs, tout est dosé à la perfection. Polly Jean, coiffée d’un diadème de plumes, à la tenue improbable, à la fois élégante, sexy et intouchable (sur nous, ça ne donnerait rien de bon) a une classe impériale. La musicienne a troqué sa guitare contre un saxo, le porte à hauteur de son visage quand elle chante, recule se mêler aux autres cuivres quand elle en joue, appuyant par la mise en scène, l’importance des 9 musiciens qui l’accompagnent. Et quels musiciens ! Tous rivalisent d’une classe à pleurer.

Le set ouvre sur trois titres du dernier album (Chain of Keys, The Ministry of Defence, The community of Hope) qui avait peiné à nous convaincre totalement sur disque mais qui se révèle en réalité totalement taillé pour le live, nous faisant humblement revoir notre copie, tant on frissonne de félicité. La transition semble évidente avec Let England Shake et The Words that Maketh murders, revisités pour l’occasion avec la même élégance (ah, ces chœurs masculins à couper le souffle qui viennent faire contrepoint au timbre aigu de l’Anglaise). On a ensuite forcément un peu l’intérieur qui se déchire quand les deux fragiles titres de White Chalk -pour lequel on a un gros faible- (Dear Darkness et White Chalk, justement) résonnent dans le Fort, avant un retour aux deux derniers albums. Si une partie du public semble un peu décontenancée par le parti pris résolument théâtral du concert, chacun des musiciens gardant le visage impassible, avec un 50 ft Queenie (Rid Of Me) rock à souhait, PJ Harvey rompt la glace d’un coup en s’adressant pour la première fois au public. Qui s’autorise alors à montrer bien plus ostensiblement son adhésion et son amour dans un fracas de cris et d’applaudissements. La suite du set continuant encore à ébouillanter les âmes et les cœurs puisque Polly Jean nous offre coup sur coup les dantesques Down by the water et To bring you my love qu’on chante avec elle à pleins poumons. La prestation/technique vocale de PJ Harvey se révèlera d’ailleurs tout au long du set de (très) haute tenue, et même époustouflante de bout en bout. Et cela qu’il s’agisse des titres des trois derniers albums où elle utilise un registre plutôt aigu, ou des graves profonds de ses plus vieux disques qu’elle tient avec la même majesté. Ce qui nous impressionne d’autant plus. Pour finir, la bande des dix conclut le set sur un River Anacostia, essentiellement vocal, où les chœurs masculins servent d’écrin de velours pour la voix aérienne de PJ Harvey, et s’y révèle une dernière fois insolemment classe.

On adore tellement le dernier album de Car Seat Headrest  Teens of Denial qu’on n’est sûrement pas les plus objectifs pour décortiquer la prestation de Will Barnes aka Will Toledo et ses potes sur la scène du Fort. Dans la réalité, passer après PJ Harvey, au show millimétré et au son parfait, c’est loin de se faire sans trembler dans ses converse. Néanmoins le quatuor américain, honoré de jouer après la très grande dame, va s’en tirer fort honorablement. Après une longue intro marquée par un sample vocal lancinant et addictif, Will Toledo et sa bande lancent les hostilités sur Vincent. Sur scène, le groupe muscle bien le propos. Ça rugit, ça crie (ah la voix de Toledo !), ça décoche sur les cordes, et ça percute fort sur les toms. Mention spéciale au bassiste, qui après celui de Foxygen (ce dernier nous a durablement irrité le tympan avec sa virtuosité technique qui n’avait rien à dire), montre qu’on peut avoir plein d’idées et jouer juste sans avoir besoin d’en faire des tonnes. C’est un peu moins vrai pour le guitariste, qui en rajoute parfois un poil trop dans le solo à notre goût, mais qui sur l’ensemble du set se révèle plutôt subtil et bigrement intéressant. Le quatuor étire les titres, les noie dans davantage de bruit et de fureur (tout en se permettant quelques ralentissements bien sentis, notamment sur Maud Gone) mais à la différence de (beaucoup) d’autres, a des compos en béton dans sa besace. On dodeline vraiment  sur Fill in the blank, on headbangue crânement sur Destroyed by Hippies Powers, on crie carrément à gorge déployée sur Drunk Drivers/ Killer Whales (et avec une bonne partie du public). Pour conclure, un concert qui a dû mal à sortir franchement de la mêlée entre la classe intégrale version PJ et les furies dantesques de Thee oh Sees, mais un sacré chouette moment.

Nous attendions beaucoup de la prestation des anglais de Idles et nous n’allons pas être déçus. Le quintet de Bristol livre une superbe démonstration de fureur punk délicieusement pimentée par une attitude et un humour déglingués et borderline. Nous hurlons à plein poumons les paroles rageuses de Mother et nous laissons emporter avec délice dans la tornade sonique Well Done. Merci à eux d’avoir été largement à la hauteur de nos attentes et de nous avoir fourni l’échauffement parfait pour ce qui va suivre.

L’enchainement avec les américains de Thee oh Sees va en effet être tout simplement parfait. Le punk débridé et crapouilleux d’Idles laisse place au garage sur-saturé de la bande à John Dwyer pour le plus grand bonheur des amateurs de slams incendiaires. La précédente prestation à la Route du Rock du groupe en 2014 nous avait laissé un souvenir mitigé mais le quartet va vite remettre les pendules à l’heure. S’appuyant sur une section rythmique tout simplement diabolique (une basse et deux batteries !), le zébulon du riff défouraille à tout va et pied au plancher. Le Fort Saint Père entre instantanément en joyeuse ébullition.
Nous continuons de penser que le groupe gagne encore en intensité dans un espace plus restreint et que les deux batteries auraient pu être un peu moins jouées en parallèle mais nous ne pouvons que nous incliner face à un aussi magnifique et intense bordel Rock’n’Roll.

L’arrivée d’Helena Hauff aux platines arrive au bon moment, on craint un petit coup de mou (pour nous) après la décharge d’adrénaline portée par Thee Oh Sees. Mais la sélection électro maligne de la Hambourgeoise va finalement nous coller les pieds au dancefort. Après un début de set en même temps efficace et plus subtil qu’il n’y paraît (ah ces boucles tournantes à la Ryan Davis Spicyal Sound), l’Allemande durcit progressivement le ton et lance les basses martiales sur un rythme effréné. Avec ses montées suivies les mains en l’air par le public qui se laisse volontiers entraîner par les méandres les plus cogneurs de la sélection proposée par la jeune femme, le set se révèle dans l’ensemble plutôt percutant et bien troussé. Un bon remède au refroidissement pour ceux qui l’ont choisi.

C’est enfin au tour de DJ Shadow de retrouver pour la troisième fois la scène du Fort (après 1999 et 2002 comme il le rappelle lui même en introduction avec un plaisir palpable). Ce soir, il ne jouera que ses propres compositions et, comme d’habitude, il va le faire avec une inventivité et une élégance folle. Nous nous laissons une fois de plus emporter dans ses labyrinthes sonores rythmiques avec un plaisir fou.

Il est 3h45 et nous avons l’impression d’avoir passé cette première journée dans une délicieuse apnée tant le timing et les enchaînements se sont avérés redoutables. Pas sûr que nous tenions ce rythme là sur les trois jours mais on aura au moins démarré sur un nuage.

Photos : Mr B

Compte-rendu écrit par Mr B et Isa, en équipe réduite,
avec mille pensées pour le reste de la team prise par d’heureux événements…

Ces mots et ces photos sont dédicacés à Nola.

 


La Route du Rock Collection Eté 2017 a lieu du jeudi 17 août au dimanche 20 août.

Plus d’1fos : http://www.laroutedurock.com/


 

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