Retour sur Mythos 2017 : Rodolphe Burger, Nosfell & Bachar Mar-Khalifé

La soirée d’ouverture du festival Mythos au Cabaret Botanique jouait sur les contrastes musicaux, et fut une jolie réussite. Avec en point d’orgue le grand Rodolphe Burger et ses invités de prestige.

On ne savait pas exactement ce à quoi s’attendre avec le concert de Nosfell, puisque ce dernier semblait prendre un nouveau virage musical avec son tout nouvel album à paraître à l’automne 2017. Après avoir décliné sa langue imaginaire et mélodique, le klokobetz, tout au long de ses trois premiers albums, Nosfell nous présentait en exclusivité son futur album, inédit dans la forme puisque mélangeant pour la première fois français et anglais. Qui dit exclusivité dit bonne dose de trac, et l’artiste nous avoue être un peu tendu : après deux nouveaux titres en français sombres et inquiétants (Les Gorges, Ricochets), le rythme s’accélère avec deux inédits en anglais (The Goodwill et The Short Timers). Il alternera ainsi les deux langues tout au long du set, alors que l’album paraitra en deux faces, chacune étant soit en français, soit en anglais.

Le groupe qui l’accompagne est particulièrement impressionnant, avec le batteur Emiliano Turi, le saxophoniste Frédéric Gastard (également aux machines) et le guitariste Vincent Brulin. Le set va ainsi crescendo dans l’intensité, avant une pause qui réjouit les inconditionnels de l’artiste, avec Fathers and Foes joué en solo guitare/voix. Ce titre, tiré d’Amour Massif, permet d’apprécier pleinement l’étendue de la voix de Nosfell, passant allègrement d’une voix altière à un grain rocailleux. Rubicon complète cette revisite d’Amour Massif, avant de conclure avec une nouvelle doublette inédite, The Artefact / The Party, exclusivement dansante, sur laquelle l’artiste nous montre son jeu de scène félin et sensuel. On avoue être partagé sur ce nouvel album : il explore des pistes musicales plus diverses mais on a quelque peu perdu le fil par moments. Mais l’enthousiasme de Nosfell et de ses musiciens l’ont finalement emporté.

La (légère) déception de la soirée viendra de Bachar Mar-Khalifé. Le pianiste franco-libanais nous avait enchanté avec son magnifique album Ya Balad, mêlant morceaux furieusement dansants et berceuses et comptines délicates. Il venait défendre Ya Balad avec trois musiciens, un bassiste, un batteur et un joueur de oud. Le set débute par le subtil Balcoon, parfaite introduction rythmique, suivi du magnifique Layla, somptueuse ballade qui s’accélère progressivement pour finir dans une quasi transe. Bachar Mar Khalifé, debout, passe de son piano à ses claviers en fonction de la tonalité des mélodies. Le set prend alors un virage dansant avec le jazzy Progeria et l’oriental Ya Nas, tous deux extraits de Who’s Gonna Get the Ball from Behind (2013). Bachar et ses musiciens reviennent à Ya Balad pour un Laya Yabnaya étiré à l’envi vers des rivages noisy : on décroche un peu à ce moment là.

Le quatuor privilégie un set ultra-dansant, proche de la transe, mais délaisse complètement les mélodies douces qui font le sel de Ya Balad. L’album nous avait transportés grâce à ce spectre musical élargi, qui permettait de passer par toute une palette d’émotions. On comprend le souhait de proposer un live plus pêchu, mais si cela peut se justifier en festival de plein air, le Cabaret Botanique aurait pu être le lieu idéal pour jouer davantage sur les nuances, comme avec Dors mon gâs du breton Théodore Botrel. On ne boude cependant pas notre plaisir sur l’imparable Lemon (composé avec sa mère) qui a le don de vous coller des fourmis dans les jambes. Le groupe revient avec Democratia pour un long rappel remuant, à l’image du set. A défaut d’avoir été complètement convaincu par le concert, on réécoutera les albums avec plaisir.

La soirée se termine sur le très attendu Rodolphe Burger et sa jolie brochette d’invités. Le concert débute en trio, avec Sarah Murcia à la contrebasse et aux claviers et Christophe Calpini à la batterie. Rodolphe Burger, assis, entonne un profond et caverneux Good qui nous plonge immédiatement dans l’ambiance soyeuse de ce trio d’exception : ils enchainent les quatre premiers titres de l’album dans le même ordre, avec les gainsbouriens Happy Hour et Cummings et le merveilleux Poème en or aux arrangements dépouillés. Petit frisson parmi les spectateurs lorsqu’Olivier Mellano et Bertrand Belin les rejoignent sur Unlimited Mariage, puis lorsqu’Eric Truffaz complète le groupe sur Family Dingo de Kat Onoma : les riffs du premier accompagnent la savoureuse diction du duo Belin / Burger, alors qu’Eric Truffaz distille ses sublissimes notes de trompette.

On mesure alors la chance d’assister à ce concert : les arrangements réalisés pour l’occasion sont majestueux (on frissonne encore sur les notes de trompette du bluesy Hard Times). Le duo formé par Bertrand Belin et Rodolphe Burger nous offre un pur moment de grâce sur les paroles de Lenz (poème de Büchner) : les deux artistes interprètent ce texte tels des conteurs, tout juste entourés d’évènements sonores minimalistes. Le final du concert est résolument rock, sous les coups de guitares d’Olivier Mellano et Rodolphe Burger, debout, avec un Painkiller de feu et Fx of Love aux sonorités électroniques froides qui lacèrent la scène. Le rappel sera dantesque, avec une reprise de Radioactivity de Kraftwerk (déjà repris par Kat Onoma), étiré sur près d’un quart d’heure, et qui se terminera dans un déluge sonore qui marquera durablement cette 21ème édition du festival Mythos. Entouré par trois invités de prestige, Rodolphe Burger a fait preuve d’une classe et d’une générosité folles pendant plus de deux heures. Merci.

Diaporama (photos : Yann)

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1 commentaire sur “Retour sur Mythos 2017 : Rodolphe Burger, Nosfell & Bachar Mar-Khalifé

  1. Kev

    Le dernier album de Nosfell était déjà un mélange d’anglais et de français 😉

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