Retour sur Mythos 2017 : Puppetmastaz & Naive New Beaters

On vous avait prévenu, il fallait laisser son sérieux au vestiaire du Cabaret Botanique ce samedi 01 avril.

On attendait avec une certaine forme d’impatience la performance des Puppetmastaz : nous n’avions encore jamais eu l’occasion de découvrir le show déjanté de ces immondes marionnettes, et leur dernier très bon album, Keep Yo Animal, marquait un réjouissant retour au hip-hop originel ayant fait leur succès. Un castelet géant est posé sur la scène, floqué d’un immense Puppetmastaz. et les protagonistes débarquent enfin au-dessus de ce castelet. Le collectif berlinois, fondé en 1996, est unique en son genre : là où les rappeurs prennent la lumière et soignent leur image, les MC’s se cachent derrière des marionnettes particulièrement laides, Mr Maloke en chef de bande, entouré d’un lapin, d’un chien, d’un canard et autres créatures extraites d’un bestiaire repoussant.

Ce qui nous marque avant tout est l’incroyable performance : les rappeurs manipulent eux-mêmes leurs marionnettes tout en assurant divinement leur flow (mention spéciale pour le brillantissime flow de Big Eye derrière son canard). Pour notre plus grand bonheur, le collectif déroule une bonne partie de leur sixième album, Keep Yo Animal, renouant ainsi avec leur hip-hop protéiforme, accompagnant une palanquée d’instrus old-school jouissifs, comme sur l’excellent Cookie Love et ses sonorités jazz-funk. L’esprit de Cypress Hill et du Wu Tang Clan marquent un bon nombre de compos, avec quelques incursions dans le rock comme l’excellent Rock justement, sur lequel Wizard the Lizard tente un solo avec sa guitare rose bonbon. Gadgets cheap fleurissent tout au long des interludes potaches et crétins au possible (avec une délirante histoire de sac de pommes de terre), en français et en anglais dans le texte.

Au bout d’une demi-heure, une surprise salvatrice cueille le public : le castelet s’ouvre et les cinq rappeurs déboulent en devant de scène, plus ou moins grimés comme leurs artefacts, pour balancer le classique Are You Ready For The Puppetmastaz. Une apparition en chair et en os qui donne un second souffle au spectacle et permet de créer une nécessaire interactivité avec le public. Trois titres plus tard, les marionnettes reprennent le pouvoir pour quelques pépites (PuppetMad repris en choeur par le public, ou encore l’excellent et désopilant One Inna Billion), entrecoupées d’apparitions loufoques (pauvre Elvis…). A défaut d’être complètement originaux musicalement, les Puppetmastaz proposent un show unique et rafraichissant.

Les Naive New Beaters restent un paradoxe pour nous : après les avoir vus au festival des Indisciplinées en 2012 et à l’Antipode quelques semaines après, on restait partagés. Nous ne sommes pas des inconditionnels de leur mélange de rock, d’électo dansante et de hip-hop (l’ensemble tirant parfois douloureusement vers l’eurodance), mais on avait été bluffé par leur capacité à faire se remuer la foule, avec décontraction et simplicité. Après Wallace (2009), leur second album, La Onda, se révélait beaucoup plus varié et contenait quelques jolies surprises plus acoustiques, mais malheureusement délaissées en live. Après un long silence radio de 4 ans, les voici de retour avec A la folie, un album résolument dansant mais contenant, là encore, quelques réussites.

Et le concert qui va suivre nous prouvera que le trio a beaucoup évolué. On retrouve l’ineffable David Boring au chant, Martin Luther BB king à la guitare et Eurobélix aux machines, avec, petite nouveauté, une bassiste/claviériste et une batteuse. Cette section rythmique est une véritable valeur ajoutée dans le set et donne aux spectateurs des fourmis dans les guiboles. Les cinq musiciens apparaissent avec de multiples mains dorées cousues sur leurs combinaisons bleues : pour débuter, ils déroulent leur dernier album, A la Folie, avec Break, Words Hurt et Montecristo, des machines à danser qui ne font pas dans la subtilité, mais qui ont le mérite d’ambiancer le public déjà chauffé à blanc par les marionnettes berlinoises. Il y a bien quelques incursions vers le hip-hop (Wow Now, sur Wallace) ou quelques touches tropicales (La Onda) mais l’ensemble nous laisse un peu sur le bas-coté.

Heureusement, à la moitié du set, le groupe lorgne vers l’électro-rock (Where Have You Been) ou la pop souriante (Tornado), sans oublier le tubesque Heal Tomorrow (en duo avec Izia sur l’album) : là où leurs précédents passages privilégiaient quasi exclusivement les tubes dansants, leur set s’est suffisamment étoffé pour proposer des nuances d’intensité faisant la part belle aux titres plus raffinés. Et puis il faut avouer que le trio fait preuve d’une bonne dose d’humour potache et d’un talent d’ambianceur, David Boring en tête avec son franglais, qui répètera à plusieurs reprises son plaisir de revenir à Rennes pour la huitième fois. Le groupe reviendra pour un triple rappel extrait de leurs trois albums, prouvant ainsi la richesse de ce nouveau set. Un set qui ne nous a pas follement emballé, mais qui s’avère être efficace une fois de plus.

Diaporama (photos : Yann)

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