[report] Total Victory, Tombouctou & The Black Regent @ Bar’Hic : Total Eclipse

Ce fut le troisième mardi matin d’affilée sacrifié joyeusement sur l’autel de la musique. Ce fut lundi 29 mai au Bar’Hic que le vaillant label rennais Kerviniou Recordz conviait au Bar’Hic The Black Regent, Tombouctou et surtout les essentiels Total Victory. Retour sur une soirée hautement mémorable.

Après l’utra-sensibilité somptueuse de Powerdove et la remarquable rouste administrée par Sleaford Mods, nous avions donc à nouveau rendez-vous le lundi 29 mai au Bar’Hic pour un début de semaine qui s’annonçait des plus remarquables. C’était le vaillant label rennais Kerviniou recordz qui régalait et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il avait mis les petits plats dans les grands pour la quatrième venue des anglais de Total Victory sur Rennes. Le public rennais ayant visiblement bien acté sur les réseaux sociaux de l’immanquabilité de ce peut-être ultime retour, nous arrivons très tôt dans un Bar’Hic qui frétille déjà d’impatience.

A l’intérieur nous attendent deux surprises. Premièrement le fond de scène est orné d’un magnifique agrandissement pointilliste de la pochette d’English Martyrs, le remarquable troisième album des Total Victory.  Deuxièmement, une tour d’enceintes plantée devant une table bardée de matériel électronique occupe le centre de la pièce. L’audacieux label rennais a en effet choisi de démarrer la soirée tout en contraste avec un set électro du duo rennais The Black Regent. Ce groupe des Disques Anonymes (Le Comte, Hørd, Pastoral Division… et instigateurs de l’excellent festival estival Visions) ouvre le bal avec des compos sombres, amples et  bruitistes.  Les puristes de la six cordes en profitent pour aller se désaltérer en terrasse mais les oreilles larges restent à l’intérieur pour apprécier un set tout en ambiance d’apocalypses subtils et en rythmiques tortueuses. Au final, les deux lascars nous offrent une entrée en matière très atmosphérique qui prépare parfaitement le terrain pour ce qui va suivre.

La soirée se poursuit dans le contre braquage de haut vol avec le concert de Tombouctou. Le trio lyonnais nous avait bien épaté avec leur incandescent album Ceiling Coast et nous attendions beaucoup de la prestation. Nous n’allons pas être déçu. Ils démarrent plein pot un concert qui ne nous laissera que quelques rares moments de répit. On retrouve avec un grand plaisir leur noise rock emphatique et débridé. Le trio fait d’emblée une impressionnante démonstration de puissance. Le guitariste (également artificier à mille doigts chez Torticoli ou Cougar Discipline) défouraille à tout va entre riffs dévastateurs et arpèges diaboliques. Le batteur (qui se retrouve rapidement en seyant maillot de bain) développe des rythmiques dégingandées et étrangement chaloupées. Le plus impressionnant reste la chanteuse qui se sort les tripes avec une constance et une intensité remarquable entre hurlements possédés et candeur suspecteMême si l’on trouve que quelques morceaux sont un peu moins inspirés que les autres, le set nous emporte dans un bel et savoureux ouragan sonique qui chauffe à blanc un public qui ne demandait que ça.

C’est donc dans un Bar’Hic bondé et parfaitement échauffé que démarre le très attendu set des Total Victory. La belle bande nous avait mis à genou dans ce même Bar’Hic dès leur premier concert à Rennes de novembre 2013. Ils avaient réitéré l’exploit (en mieux) un an plus tard toujours au même endroit et avait brillamment réalisé le triplé avec une tout aussi monumentale dérouillée au Jardin Moderne en mars 2016.
Les voici donc de retour là où tout a démarré pour nous. Les voir boucler la boucle alors que le groupe se met en pause indéterminée tout en sortant un merveilleux troisième album à quelque chose d’assez troublant. Sauf que notre trouble va vite se dissiper. Fidèles à leur habitude, ils démarrent le concert avec toute la générosité et l’intensité que l’on apprécie tant chez eux. Une monstrueuse version du teigneux Atherton Derby tout en verve hargneuse et en guitares vertigineuses, précède deux tubes imparables de leur premier album  : l’incisif Conservative Girls et le très intense North Of Here. Le remplacement de James Ellams derrière les futs par un imposant colosse et le spectre d’un futur incertain n’entame en rien la classe de la bande. On replonge avec un bonheur immense dans l’imparable alchimie d’une voix à la fois furieuse et mélancolique, de riffs à la hargne parfaite et d’une rythmique qui vous cajole autant qu’elle vous colle de terrassants uppercuts. On se pince pour le croire à chacune de leur prestation, mais l’alliance de compositions de ce niveau avec d’une telle fougue scénique est une des plus belles choses qu’on ait pu voir sur une scène ces dernières années. Le public ne s’y trompe pas et l’ambiance survoltée se montre amplement à l’unisson de la volcanique puissance du quintet.
C’est donc déjà dans un joyeux bordel fraternel que démarre le faussement calme Gore Seer, issu du troisième album, dans une version survitaminé. Les chœurs y perdent en finesse mais on ne fait pas la fine bouche pour autant. En ébullition totale, ils décochent tour à tour le puissant House of Lords et sa double pédale ravageuse, l’étourdissant Churchbuilder dont on braille les paroles comme si notre vie en dépendait et enfin l’implacable Mass Firings.
Nous avons déjà la tête dans les étoiles mais les lascars en ont encore largement sous le pied. Ils nous estourbissent donc magistralement avec le vibrant National Service et le rageur Golden Calf avant de retrouver leur dernière galette avec une brillante version de leur Playing Golf With The Precariat. A partir de ce morceau, ils sont même rejoints par Stevie, leur chauffeur de tournée, qui fera office de troisième guitariste pour encore plus de plaisir dans les larsens. L’apothéose viendra sous la forme de la sainte trinité de leurs morceaux : l’imparable What The Body Wants, The Body Gets sur lequel on massacre dans la joie ce qui reste de nos cordes vocales suivi de l’enchainement redoutable de Fiat Lux et Omnivictory qui poussera nos pauvres petits corps dans leurs derniers retranchements. Conclure l’affaire sur le premier vrai titre composé par le groupe aurait pu être le final idéal mais, malgré la générosité folle du set, le public ne les laisse pas partir sans un dernier rappel lors duquel ils nous offrent le superbe et déchirant Once In Every Century qui pourrait largement convenir de qualificatif à ce à quoi on vient d’assister.
Comme à chacun de leur concert, on en ressort rincé mais ravi. La possibilité que ce soit là l’ultime occasion de voir le groupe n’entame même pas notre bonheur total. Face à une telle classe, difficile de croire que les gars en restent là. On s’accroche donc à l’idée que tout est encore possible et que, peut être, le meilleur est encore devant nous. Ils reviennent en détail et avec une belle sincérité sur les raisons de ce hiatus et la gestation de l’épatant English Martyrs dans l’entretien qu’ils nous ont accordé et dont la lecture est hautement recommandé.

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