[report] Powerdove & Cantenac Dagar : Magic Monday

L’association Tendresse & passion nous offrait lundi 15 mai 2017 l’occasion de voir (enfin) en live un de nos groupes fétiches : l’ultrasensible trio Powerdove. Ce fut au bar Le Terminus, avec en plus un excellent set des deux furieux de Cantenac Dagar et ce fut encore plus magique que nous ne l’espérions.

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C’était un lundi soir et on a bien tourné trois fois en l’air l’idée de rester à la maison. Il y avait sûrement plein de bonnes raisons pour ça. Sauf que l’occasion était vraiment trop belle. Depuis que nous avons découvert le trio Powerdove en 2013 avec leur second album : Do You Burn ?, nous n’avons eu de cesse de guetter avidement chacune des nouvelles aventures d’Annie Lewandowski et de ses camarades de jeu. Difficile donc de louper l’occasion de pouvoir apprécier les compositions fragiles et follement libres de la bande en live.

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En attendant, c’est le duo Cantenac Dagar qui démarre la soirée avec l’impeccable ponctualité coutumière à l’endroit. Stéphane Barascud et Aymeric Hainaux s’installent face à face autour d’un joyeux fatras regroupant banjo, mixeur et pédale d’effets, cloches en nombres et lecteur cassette. Les vidéos glanées en amont du concert nous avaient bien émoustillé les tympans et nous n’allons pas être déçu. Arqué sur son banjo, le premier des deux compères décoche des riffs squelettiques et joliment mélodramatiques pendant que son camarade tangue toutes clochette dehors en expectorant puissamment des rythmiques à la bouche, ou fait planer les notes fantomatiques d’un harmonica tout en jouant des samples évocateurs ou fracassants sur son magnéto cassette. Les deux lascars bâtissent avec minutie et une belle fièvre de longues plages passant sans avertissement préliminaire d’un chaos industriel bien rentre-dedans à un bruitisme délicat et malicieux. Les plus chouettes moments sont d’ailleurs ces temps de suspension, où ils délaissent toute amplification pour dépouiller leurs morceaux jusqu’à l’os.
Vous pouvez revivre ce très chouette moment grâce à la vidéo de Stéphane Batsal.

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Après cette impeccable entrée en matière, on sent un frisson d’excitation parcourir le public nombreux ayant fait le déplacement ce soir-là.
Nous ne sommes donc visiblement pas les seuls à nous demander comment la fragilité abrasive du trio Powerdove va passer l’épreuve de la scène. Nous allons vite être rassuré.
A droite, on retrouve un de nos aventuriers musicales favoris : Thomas Bonvalet. Pour notre plus grand plaisir, il enfile ses habituels godillots au milieu de son épatant bric-à-brac : guitare, orgue à bouche, tambourins, bandonéon, banjo (le thème de la soirée!)… et tout un tas d’autres objets chouettement imprévisibles. A gauche, le guitariste John Dieterich (Deerhoof) a cédé sa place au percussionniste Chad Popple (Colossamite, Gorge Trio) à la batterie agrémentée d’une ribambelle de cymbales supplémentaires ou au steel-drum. Au centre, on retrouve la silhouette discrète d’Annie Lewandowski à la délicatesse ré-haussée de lunettes orange sfluo et équipée d’un petit clavier et d’un étrange bidule électronique.
Le trio va d’abord faire la part belle au nouvel album : War Shapes, paru le 26 mai chez Murailles Musiques et avec lequel nous aurons le petit plaisir supplémentaire de repartir après le concert avec un peu d’avance sur sa date de sortie. Nous avons rapidement l’immense plaisir de constater que le trio parvient parfaitement à conserver en live la magie mystérieuse et fragile de leurs compositions.
Avec une grâce et une facilité confondantes, le trio transcrit parfaitement sur scène le superbe paradoxe de leurs compositions. A la fois cotonneuse et abrasive, limpide et trouble, précise et insaisissable, la musique de Powerdove est  un des plus beaux mystères que l’on connaisse. Annie Lewandowski brode sur son clavier des lignes de basse discrètes, bidouille des petits bruits sur son mystérieux bidules mais surtout occupe l’espace de façon saisissante avec sa voix hors du temps. Chad Popple s’applique à bâtir puis déconstruire des rythmiques chancelantes avec un style subtilement free mais pas ostentatoire. La belle étrangeté des sonorités du steel drum s’avère particulièrement savoureuse. Thomas Bonvalet excelle une fois de plus en maître artificier sonore investit corps et âme dans chacun de ses instruments qu’ils soient à corde, à bouche, à pied ou à ventilateur (!). Porté par un public enthousiaste et participatif, le trio livre un set généreux et parsemé de moments de beautés célestes comme le fiévreux Raincoats, le sublime Be Mine ou encore un To Fear/Love qui nous foudroie en plein cœur.

C’est lundi. La semaine est encore devant nous et le monde ne va pas pour le mieux mais il y a des moments magiques qui vous consolent de (presque) tout. Merci aux groupes, au Terminus et à Tendresse & Passion pour ce chouette et précieux cadeau.

Vous pouvez également voir ou revoir ce moment de grâce avec la vidéo de Stéphane Batsal.

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