[Report] Marisa Anderson & Viktor’s Joy @ Alaska : Six cordes sensibles

Toujours en quête de lieux rennais inédits, la vaillante association Des Pies Chicaillent nous donnait rendez-vous jeudi 16 novembre à deux pas du TNB dans la brocante-snack Alaska pour y écouter en toute intimité la country instrumentale et atmosphérique de l’américaine Marisa Anderson et la folk sensible du berlinois Victor’s Joy.

Parmi les plaisirs divers et variés de chroniquer une certaine vie musicale rennaise, la découverte de nouveaux lieux ne fait pas partie des moindres. C’est donc avec une curiosité aiguisée que nous franchissons la porte vitrée de la snack-brocante l’Alaska. Le lieu ne manque pas de cachet avec son bric-à-brac charmeur, sa sélection de mets et de vins  et ses projections de la fine équipe de Vitrine en cours.  Les organisateurs ont visiblement poussé les meubles pour libérer un bel espace et même si la soirée est sold out, nous ne nous y sentirons cependant point à l’étroit. Un coin cosy avec tapis, chaises et coussins a été aménagé pour accueillir artistes et public.

C’est là qu’installé au plus près sur de confortables coussins, nous écoutons l’estonien Victor’s Joy ouvrir la soirée. Seul avec une très belle guitare classique et un bonnet, le monsieur déploie une folk mélancolique et évocatrice aux paroles d’une limpidité touchante. De ses arpèges ondulants et de sa voix sableuse, il évoque avec une écriture très directe et sans filtre (à la façon de  Mark Kozelek) sa famille, son appart miteux à Berlin ou encore comment il a acquis son instrument. Le bonhomme est sûrement un peu trop bavard et il en fait peut être un poil trop quand il a des soucis d’accordage ou de texte, mais l’ensemble garde cependant un charme certain

Le grand coup de cœur de la soirée, ce sera tout de même Marisa Anderson. Dès les premiers accords posés par la dame de Portland sur sa Fender vert anis, un grand frisson nous parcourt l’échine. Puisant ses inspirations dans le blues des origines et dans les musiques traditionnelles qu’elles soient du Delta du Mississippi, des Appalaches ou d’Afrique, elle joue avec un jeu vif et limpide des instrumentaux intenses et évocateurs en diable. Le tour de force de la dame est de rendre une dimension narrative à une musique sans paroles. Comme son prédécesseur, Marisa s’avère d’ailleurs assez disserte entre les morceaux. Elle explique avec sérénité et un humour tranquille les origines ou les thèmes des morceaux. Dans son cas, cela ne fait que renforcer le pouvoir imagier de sa musique. Quand elle rend hommage à Doc Watson, il est dans la pièce. Quand elle reprend Bread & Roses, nous sommes dans le cortège des grévistes. Quand elle évoque un traditionnel contant le destin funeste d’une femme tombée amoureuse du diable, on sombre dans les enfers abyssaux avec elle… Après toutes ces émotions, elle se permet même le luxe de conclure le set sur une chanson gentiment idiote évoquant l’erreur fatale de prendre de la drogue à un festival blue grass (on jurerait une chanson de Jeffrey Lewis sans le débit mitraillette !) puis sur une chanson joyeuse en réponse à un spectateur espagnol qui lui avait demandé insidieusement pourquoi elle ne faisait que des morceaux tristes.
Merci à elle, aux Pies et à l’Alaska pour avoir permis un pur moment de grâce.

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