[report] La Terre Tremble !!!, Peter Kernel & T.W.O. et BRNS @ Antipode : Séismes de chambre

La superbe affiche concoctée par l’Antipode MJC pour cette soirée du vendredi 10 novembre 2017 nous avait bien mis la bave aux lèvres. C’est donc avec un enthousiasme certain et un appétit d’ogre que nous nous sommes rendus dans le quartier de Cleunay pour assister aux concerts de La Terre Tremble !!!, des Peter Kernel accompagnés par Their Wicked Orchestra pour une formule acoustique et de BRNS. Nous en attendions donc beaucoup et, joie, la générosité était bien triplement au rendez-vous.

Ni la météo en berne, ni le petit coup de barre de la fin de semaine n’ont réussi à entamer l’entrain avec lequel nous franchissons la porte de l’Antipode. L’affiche de cette soirée du vendredi 10 novembre était si prometteuse que l’on ne voyait vraiment pas comment nous aurions pu passer une mauvaise soirée. Une fois n’est pas coutume, nous ne nous étions pas plantés dans nos pronostics.

Nous entrons dans la salle principale au son du morceau inaugural de La Terre Tremble !!!. Le trio est en place et bien en place. Pas de surprise du côté du dispositif scénique, on retrouve au centre Paul Loiseau derrière son inimitable demi-batterie, flanqué de Julien Chevalier et Benoît Lauby derrière moult claviers, quelques percussions et une guitare. Pour notre plus grande joie, le set donne la part belle à leur quatrième album : l’inépuisable et précieux Faux bourdon (sorti en mars 2017 chez Murailles Music). Nous sommes de nouveau admiratifs de constater la finesse et l’inventivité du travail de la bande sur le passage en live des morceaux du disque. Nous retrouvons donc de nouveau la subtilité du jeu rythmique et de l’utilisation des synthés et surtout la qualité et la richesse de l’interprétation des harmonies vocales. Nous ne sommes visiblement pas les seuls à apprécier et le public parait tout aussi conquis que nous par le groove insidieux de The Life Within, la mélancolie lunaire de That Old Moonlight Through The Trash ou la construction en chausse trappe de Festina Lente. Le concert confirme la volonté de la bande de mettre en arrière plan leur remarquable énergie scénique pour garder toute sa finesse à l’ensemble. Nous y perdons en fougue mais sans aucun regret face à la classe et la délicatesse du set.
Aux deux tiers de la prestation, le trio s’offre un retour en arrière en revisitant un de leurs « vieux » morceaux en annonçant l’interpréter de  » la manière la plus neuve possible »; credo qui va comme un gant à ces inlassables explorateurs musicaux. Le set passe comme un charme et nous sommes sommes pris au dépourvu (et un peu frustrés) par l’annonce du dernier morceau. Ce fut le toujours aussi imposant Through France, joué ce soir là tout en retenue et avec un petit côté jazzy particulièrement plaisant.
Nous avons depuis longtemps arrêté de compter le nombre de fois que nous avons vu La Terre Tremble !!! sur scène. Nous n’avons pourtant de cesse de constater qu’à chaque fin de leur concert, nous n’avons qu’une seule interrogation : « Mais quand les reverrons-nous de nouveau ?« .

De la même façon, nous guettons avec une attention toute particulière chaque nouvelle apparition dans les environs du duo Peter Kernel. Depuis la découverte en 2011 de leur essentiel album White Death & Black Heart sorti chez African Tape, le duo formé par Aris Bassetti et Barbara Lehnhoff fait partie des formations ayant une place toute particulière dans notre petit monde musical. Au Jardin Moderne lors d’une mémorable soirée d’anniversaire Kfuel en 2012 comme au Bar’Hic en décembre 2016, ils avaient largement démontré leur capacité à embraser leurs redoutables compos sur scène.
Nous étions donc ravis d’avoir de nouveau l’occasion de partager leurs poussées de fièvre scéniques, d’autant plus qu’ils présentaient ce soir là, la revisite de leurs titres en acoustique, accompagnés par quatre musiciens (apportant avec eux piano, harpe, violon, violoncelle et harmonium) sous l’appellation Peter Kernel & Their Wicked Orchestra.
Si nous étions tombés sous le charme des vidéos des versions « débranchées » de I’ll die rich at your funeral in black ou Nothing like you, nous avions tout de même quelques inquiétudes préliminaires quant à la tenue de la chose sur l’ensemble d’un set. Nos doutes ne vont pas durer bien longtemps. Le concert démarre de façon assez solennelle avec des Barabara et Aris très concentrés et entourés de Zeno Gabaglio, Boris Tarpini, Martina Jacoma et Kety Fusco. La bande ouvre le bal sur quelques notes égrainées à la harpe pour la somptueusement mélancolique In Ecstasy (dixit « la chanson la plus triste qu’ils n’aient jamais écrite« ). Ils enchainent avec Again, We’re Not Gonna Be The Same Again sur lequel les guitares sont remplacées par le piano et le violoncelle. On se rassure en constatant déjà que leurs compos tiennent diablement la route dans ces nouvelles versions et que l’absence d’énergie électrique est largement remplacée par une rage fragile essentiellement portée par les voix. Constat confirmé sur Panico! Still In Love, joué comme une gigue médiévale toutes percussions dehors puis avec Higher Fever à la fièvre portée par des cordes diaboliques. On apprécie tout particulièrement que le duo ait conservé son  humour et son goût pour des sonorités étonnantes et abrasives et que l’ensemble garde une certaine fragilité. Ce n’est ainsi pas toujours très carré rythmiquement ou vocalement du côté du couple mais ça ne fait qu’ajouter au charme de la chose. La bande nous gratifie de quelques morceaux inédits tout aussi savoureux et conclut en beauté un set enchanteur qui nous amène à la même conclusion interrogative que le précédent, que ce soit avec ou sans guitares.

Ce sont enfin les Belges de BRNS (à prononcer Brains avec l’accent bruxellois) qui prennent une nouvelle fois possession de la scène de l’Antipode. Une nouvelle fois, parce que nous avions pu voir à deux reprises au même endroit le groupe et il nous avait laissé déjà, une impression plus que favorable. Après les deux impressionnantes prestations auxquelles nous venons d’assister, la tâche est rude mais le quatuor va plus que bien s’en sortir.
On retrouve Timothée Philippe, au chant et derrière les fûts avec à gauche, Antoine Meersseman, aux claviers, à la basse et au chant et à sa droite Diego Leyder, à la guitare et aux chœurs. Par contre César Laloux, est remplacé aux percussions, claviers, chœurs, clochettes colorées par l’ex Arch Woodman Lucie Marsaud.
Pour ce nouveau set, les belges ont légèrement mis la pédale douce sur les dissonances et les chants hurlés mais n’ont rien perdu de leur énergie communicatrice. Leur sac à malice indie pop est toujours aussi plein de petites trouvailles sonores, de bidouille intelligente et de sursauts rythmiques inattendus.
Le point d’ancrage est toujours le charisme vocal et le jeu de batterie chaloupé et riche en surprenantes finesses de Timothée Philippe mais ce qui frappe de nouveau c’est l’accord parfait de la bande y compris quand ça cafouille dans un morceau ou dans les enchainements. Ils nous offrent un chouette moment de pop acidulées et tribales qui ravit aussi bien les oreilles que les jambes. Le très réclamé tube Mexico boucle de façon imparablement dansante un concert qui aura su, avec sa propre personnalité, se hisser à la hauteur des deux précédentes prestations. Ce ne fut pas un mince exploit.

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