Cafés-cultures : la résistance bar-bars s’organise à Rennes.

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Incapables de satisfaire aux nouvelles législations et aux autres normes de sécurité de plus en plus contraignantes, inhérentes à l’application du décret antibruit de décembre 1998 (1), certains cafés-concerts ont stoppé net leurs programmations, quand d’autres n’y ont tout simplement pas survécu. Mais plutôt que de baisser les bras et définitivement le rideau de leurs établissements, quatorze irréductibles  patrons du pays nantais ont décidé de s’unir autour d’un collectif. L’union fait la force!. Le collectif Culture bar-bars est né, nous sommes alors en 1999.

Ce collectif a la volonté de fédérer les bars pour répondre d’une seule voix aux problématiques inhérentes aux cafés-cultures et plus généralement à la vie nocturne (horaires, relation avec les riverains, prévention et réduction des risques, gestion de la vie nocturne etc…).

Sans comparaison aucune, ce souhait de se rassembler et  de créer un mouvement pour être mieux écouté et entendu  nous fait forcement penser, chauvin rennais que nous sommes, à la feu «Fédération des petits lieux de spectacles», association née fin 2003 à l’initiative de patrons de bar (Dejazey, Mondo Bizarro et le Sablier), décimée en 2010(2), conséquence malheureuse de la fin des subventions accordées par la municipalité de l’époque.

► Réécoutez l’émission des Grignou de CanalB à l’époque évoquant ce sujet avec un membre de la FPLS (février 2010)

Aujourd’hui, le collectif Culture Bar-Bars a bien grandi et fédère pas moins de 400 structures dans toute la France, à la ville comme à la campagne.  

David Milbéo : Chargé de l’animation et du développement du réseau Collectif Culture Bar–Bars : « Depuis 1999, le collectif s’étend sur l’ensemble du territoire, alerte les collectivités territoriales, met en place des concertations, des débats, participe aux SOLIMA(3)… et une fois par an organise le festival Culture Bar–Bars. »

Les 400 lieux adhérents revendiquent le droit d’être des acteurs à part entière de la diversité culturelle, de la démocratisation culturelle et du renforcement du lien social entre les habitants d’un territoire. Bien plus qu’un simple débit de boisson, la vision du collectif rejoint finalement ce que décrivait le sociologue Vincent de Gauléjac dans la préface du livre « Une vie de Zinc. Le bar, ce lien social qui nous unit » (3) : «le bar est un lieu de vie dont le patron est le garant, le meneur, l’animateur, l’inspirateur…». 

La charte d’adhésion au collectif l’indique clairement :

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Le collectif n’est pas non plus un label puisqu’il ne se substitue pas au choix de programmation du patron : chaque établissement est indépendant et organise ses propres concerts ou spectacles, à son propre rythme et sans obligation non plus à participer au festival du collectif. Liberté d’initiative avant tout ! 

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Et Rennes dans tout ça, me direz-vous ?

Et bien, une antenne régionale «Rennes–Bretagne» existe bien officiellement depuis 2010. Par contre, il faut l’avouer, la sauce n’a pas véritablement pris… Partant de ce constat mitigé,  les membres et l’équipe du Collectif Culture Bar–Bars se réuniront le mercredi 17 septembre pour un temps de travail autour des caractéristiques de la nuit rennaise et des cafés cultures : grosse journée en perspective pour relancer la machine et redonner un souffle  nouveau au réseau rennais.

David Milbéo : « L’objectif n’est pas de résoudre les problèmes au cas par cas, ni directement liés à certains faits-divers mais bien de poser une réflexion globale sur les cafés cultures et la nuit. Rennes comme les grandes villes connaît les mêmes problématiques avec les changements de comportements (hyper alcoolisation dans la rue et non dans les lieux, moins de tolérance vis-à-vis des autres…). »

L’initiative est donc la bienvenue puisque Rennes a vu récemment disparaître 2 cafés mythiques organisant régulièrement des concerts  (la Basculele sympatic), sans oublier celle du sambre en 2012. Dans le centre-ville, les lieux n’ayant pas peur d’accueillir des groupes électrifiés avec une vraie batterie (sans drap dessus, s’il vous plaît) peuvent se compter à présent sur les doigts d’une main (en dehors d’événements ponctuels), alors que, dans le même temps, Rennes fourmille de nombreuses associations formidablement actives qui ne demandent qu’à organiser des concerts (KfuelBeast RecordsBanana Juice …pour n’en citer que trois). Pour rappel, en 2012, 12 cafés ont subi une fermeture administrative à Rennes.  

Pire, dans l’édition du vendredi 05 septembre 2014, Ouest-France nous apprend que la salle de la cité n’accueillera plus aucun concert en soirée, suite à de trop nombreuses plaintes du voisinage.

Benoit Careil, adjoint à la culture :  «Malheureusement, on ne peut plus y organiser de concerts en soirée, suite à de nombreuses plaintes du voisinage»

Pour une ville qui se gargarise d’être « rock », surtout au mois de décembre en racontant toujours la même anecdote sur le concert de Nirvana en 1991, c’est un peu contradictoire.

Thierry Gérard, ancien patron du Sambre (Interview 2012) : « Rennes ville rock ? C’était vrai il y a vingt ans. Aujourd’hui il est de plus en plus difficile pour les groupes ni complètement amateurs ni encore professionnels de jouer dans les bistrots. En dehors des salles de concert, il n’y a pourtant pas d’autre solution que les rades. »

Le collectif défend donc bec et ongles la reconnaissance et la vitalité de ces petits lieux qui se démènent afin d’avoir un poids, une force de représentation vis-à-vis des pouvoirs publics. Mais les artistes ne sont pas oubliés dans l’histoire! David Milbéo s’y engage face aux anecdotes que nous lui racontons à propos des accueils parfois déplorables ou du manque de savoir-vivre envers les artistes de la part de certains troquets…

David Milbéo : « Tout d’abord, il ne faut pas faire de généralités sur le comportement de quelques lieux. De plus il ne faut pas opposer les lieux aux artistes. C’est ensemble que nous construisons la diversité culturelle. Le Collectif est soucieux des problèmes d’accueil (Cf. Charte d’adhésion) et œuvre en ce sens au sein de la plateforme nationale des cafés cultures. »

Bref, tout cela semble aller dans le bon sens, il ne reste plus qu’à aller écouter les conclusions et propositions de cette journée de travail : un point presse sera ouvert à tous pour cette occasion : patrons de bars, musiciens, associations, aux élus… Vient qui veut, finalement, pour échanger et qui sait, faire avancer les choses. Rendez vous le mercredi 17 septembre à partir de 17h30, à la « La Quincaillerie Générale » – 15, rue Paul Bert, 35000 Rennes.

À suivre donc.

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(1) Exemple de cas concret suite Modification de la loi antibruit

(2) FLPS : Entretien avec Sandrine Delahaie, coordinatrice de l’association

(3) SOLIMA : schémas d’orientation de développement des lieux de musiques actuelles

(4) « Une vie de zinc », le bar ce lien social qui nous unit, Editions le Cherche Midi – 26 €***

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Quelques chiffres à propos du Collectif  :

Nombre d’adhérents dans toute la France : 400 dans près de 100 villes en France

Nombre d’Antennes Régionales : 9 antennes régionales montées en associations à ce jour.

Nombre de festivaliers en 2013 : 221 – Deuxième événement national après la Fête de la Musique.

►► Site du collectif : http://bar-bars.com ►►Fb : facebook.com/collectifculturebarbars

►► Les cafés-concerts dans la tourmente

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PS : N’oubliez pas le festival « I’M From Rennes » qui débute le 18 septembre et qui investira  quelques bistrots rennais comme le Melody maker, le Bateau ivre, le Oan’s pub

PS2 : Une pétition circule en ce moment sur cette même thématique du coté du Finistère adressée aux municipalités de Douarnenez, Quimper, Brest, Ile de Sein : Ne laissons pas mourir nos rues, nos bistrots, nos artistes ! 

2 commentaires sur “Cafés-cultures : la résistance bar-bars s’organise à Rennes.

  1. yakoba

    Suite a plusieurs annulations de concert pour des raisons de voisinage, ça fait des années que je ne joue plus dans les bars de Rennes. Le problème commence a se poser aussi sur Douarnenez et sur Brest c’est pire. Après les contrôles binious, les problèmes de voisinage, s’ajoute la crise économique. Entre temps le réseau de cafés concerts Bretons a fortement diminué en 15 ans, leur budget de même. Avec le beau temps j’aurais pu Jouer en terrasse.

  2. Politistution

    @yakoba : Effectivement du coté de Douarnenez, c’est assez « radical » : descente de police des 19h30, utilisation d’un helicoptere pour stopper un concert sur lîle de Sein… http://www.letelegramme.fr/finistere/douarnenez/concerts-dans-les-bars-les-gendarmes-s-en-melent-18-08-2014-10302340.php.
    Le collectif oeuvre pour mettre en place avant toute action en justice une médiation entre les bars et le voisinage.

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