Précarité menstruelle : Rennes manque une occasion de « régler » la question

Rennes a-t-elle manqué l’occasion de devenir la première ville de France à proposer gratuitement des tampons et des serviettes hygiéniques ? Il faut croire que oui, malheureusement…

Capture écran : documentaire ’28 jours’

Tandis que la publicité continue toujours d’édulcorer les saignements en « bleu-schtroumpf », un autre tabou encore plus tabou que les règles existe en France, celui de la précarité menstruelle. En effet, alors que les femmes sont les premières victimes de la pauvreté, qu’elles subissent déjà la « taxe rose », une grande majorité d’entre elles se saignent aux quatre veines, sans mauvais jeu de mots, pour pouvoir s’acheter leurs protections hygiéniques tous les mois.

A cause des tarifs pratiqués dans le commerce, ces dernières sont considérées de plus en plus comme « un produit de luxe ». Une étude britannique menée en 2015 a permis d’évaluer le coût total des règles dans la vie d’une femme à plus de 23 000 euros ! Le monde capitaliste et patriarcal est ainsi fait, il n’y a pas de petits profits. « Les protections hygiéniques devraient être incluses dans les dossiers de santé publique. Nous ne les utilisons pas par confort mais bien par nécessité. Nous n’avons pas d’autres choix ! » explique Marine Combe, rédactrice en cheffe de Yegg Magazine. « En plus de s’exposer à des maladies et à de graves conséquences sur notre santé et notre fertilité (NDLR : syndrome du choc toxique), on paye une fortune quelque chose que nous ne contrôlons pas puisqu’il s’agit de notre cycle menstruel. Et ce, tout au long de notre vie de personnes réglées ! »

Pour améliorer cette situation, une idée a été déposée dans le cadre de la 4ième édition du budget participatif. Elle demandait à augmenter le nombre de toilettes publiques dédiées exclusivement aux femmes afin d’y accueillir à l’intérieur des distributeurs gratuits de protections hygiéniques. Les services municipaux ont d’abord tenté de la fusionner avec d’autres propositions. L’instigatrice du projet nous a alors confié ses interrogations et ses doutes sur la bonne compréhension du but recherché. « J’ai trouvé étonnant de vouloir fusionner un projet désireux de créer un espace dédié aux femmes, notamment précaires, avec des projets centrés (pour la majorité) sur les hommes. Le fait que mon projet soit destiné aux femmes n’était pas accessoire mais bien la base. »

Pas de nouvelle, bonne nouvelle ? Faux ! Après quelques semaines sans aucune autre forme de concertation, le couperet est tombé. Le projet ne sera pas mis au vote. La ville estime que cela coûterait trop cher en budget de fonctionnement (non prévu par le budget participatif) et qu’il existe des risques de dégradations.

Ainsi, on peut lire ce retour officiel sur le site web de la fabrique citoyenne : « Concernant les distributions de serviettes hygiéniques, au vu des dégradations constatées sur les équipements des sanitaires publiques, nous vous conseillons plutôt de vous rapprocher des associations. » Mais depuis quand le risque de dégradation est une fin de non-recevoir ?

En ce qui concerne le relais vers les associations rennaises, la personne porteuse du projet, déjà adhérente de l’une d’entre elles, Bulles Solidaires (NDLR : collectif qui organise des dons de produits d’hygiène aux personnes en grande précarité), reste perplexe. Même constat pour Marine Combe. « On ne peut pas demander aux assos de multiplier les missions, les heures, les personnes bénévoles en un claquement de doigt sans une aide financière conséquente. Elles font déjà un travail colossal, souvent avec des moyens dérisoires. »

Alors que le gouvernement écossais annonce un plan de 5,2 millions de livres pour assurer la gratuité des produits hygiéniques à toutes les élèves et étudiantes d’Écosse, alors que des kits de protections hygiéniques sont distribués gratuitement sur le campus Lillois, Rennes a raté là une belle occasion de « rayonner » en emboîtant le pas à ces initiatives d’utilité publique.

Mais le pire est sans doute d’observer que les projets de création de pissotières ou d’urinoirs de rue, utilisés exclusivement par ceux qui pissent debout et sans pudeur, ont eux été promus au vote. Le constat selon lequel la ville est faite par et pour les hommes se vérifie une nouvelle fois. « C’est un monde de dingue ! On est quand même en train de parler de quelque chose qui touche plus de la moitié de la population, soit toutes les personnes qui ont un utérus et un vagin » s’insurge Marine Combe. « Et non, ce n’est pas un caprice que de se plaindre du coût financier des protections hygiéniques. »

Afin de ne pas noircir le tableau à sang pour sang, notons que le sanitaire Opéra qui propose un espace dédié aux femmes est devenu gratuit depuis le 1er janvier 2019 selon les dires de la Ville.

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Le site du Budget Participatif #4 –

Le magasine : YEGG MAGAZINE

En Vidéo : 28 jours, un documentaire pour briser le tabou sur les règles

Un article En France, la difficile reconnaissance de la précarité menstruelle

Contact Bulles Solidaires

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