Un immense pianiste de Jazz René Urtreger, par Agnès Desarthe

le Roi René n’a aucun lien avec le Bon Roi René, né en 1409 à Angers, l’un est orphelin de sa mère Sarah à 9 ans, Le Jazz Man lui est orphelin mais par son père au même age. Si le Bon Roi René a collectionné les titres de noblesse, René Urtreger lui a collectionné les succès, les échecs et les Albums de Jazz.

La vie de notre Roi, René Urtreger n’a pas été rose, il a surtout transformé sa vie en une lame de scie, musicale et tranchante, expérimentant toutes les facettes de la déchéance puis de la résurrection, un miraculé pour les médecins, un prodige pour Mme Dubois-Niclot, un Mr Quinquampoix pour les flics à 2,5gr, un Schmock pour son père ( terme juif désignant un perdant)…Un vrai artiste pour Jacotte sa dernière épouse.

Le Jour de son anniversaire à l’age ou sa mère Sarah disparaît il arrête de boire, dès ce jour aucune goutte d ‘alcool ne viendra altérer ses veines.
Agnès Desarthe souligne l’importance de la perte de sa mère, les peurs, les angoisses, les doutes vont se nourrir de cette blessure, son jeu y gagnera en sensibilité avec un doigté incomparable.

Il reste longtemps à espérer son retour, quête encore plus douloureuse qu’il cherchera souvent à travers les drogues comme un cocon plus qu’une excitation pour s’enflammer : « personne ne m’a dit : ta mère est morte, d’ailleurs, avec Claude Berry , on allait plusieurs fois par semaine à la gare de l’Est pour attendre les déportés qui rentraient des camps. On la cherchait, ma mère. »

Un hommage aux plus grands artistes de JAZZ
Un hommage aux plus grands artistes de JAZZ

l’œuvre musicale est au cœur de ce livre autobiographique et à aucun moment la trame mélodique du swing si cher à René Urtreger n’est oubliée.

Jouer du piano c’est rentrer en dialogue avec les autres artistes s’immiscer dans leur originalité, faire éclater leur talent de Charlie Parker à Richter c’est la musique qui prime la recherche de la note Bleue, la note idéale.
Les complicités de Réné et de ses copains sont multiples, Claude Berry en tête, lui qui usa ses fonds de culottes au même lycée et avec qui il composa plusieurs musiques de films.
Aujourd’hui l’artiste semble indestructible, ayant renoué avec ses enfants et ses petits enfants la vie à Mortagne sur le Perche devient le clavier tournant de ses amours et de sa passion composant le trio avec Eric Dervieu et Yves Torchinsky.
Un très beau travail de mémoire tout en pudeur et en complicité, un bel hommage à cette famille d’immigrés juifs polonais qui a proposé au monde musical de tels prodiges ( René, Nicolas et Philippe Urtreger et la chanteuse Nathalie Kotka) qui ont porté le Jazz à cette qualité de création maintenant enseignée, et totalement vivante.

J’ai toujours pensé que séparer la vie de l’œuvre revenait à établir une frontière entre le corps et l’esprit.

 

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Je pense à la nostalgie contenue du jazz, à sa façon particulière de toucher à l’émotion sans jamais tomber dans le pathétique, à cette désinvolture, ne fut-elle qu’apparente. Je regarde René Urtreger saluer avec malice et l’imagine, soixante-dix-sept ans plus tôt.,

le Jazz une grâce qui vous envoute dans la musique des mots d’Agnès Desarthe.
Le Roi René, René Urtreger,  par Agnès Desarthe
Editeur Odile Jacob 2016

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