Maintenant 2015 – Interview d’Ori Toor qui signe la nouvelle identité visuelle du festival

If you don’t speak french, you can read Ori Toor’s interview here.

Cette année l’ébouriffant et passionnant festival Maintenant aura lieu du 13 au 18 octobre 2015. Un peu tôt pour vous en parler, pensez-vous ? Et bien pas tout à fait puisque Maintenant, c’est déjà un peu aujourd’hui et que la facétieuse équipe d’Electroni[k] (les trublions inspirés qui organisent l’événement) sort aujourd’hui la nouvelle identité visuelle du festival version 2015. Alors pour vous, on a traversé la Méditerranée jusqu’à Tel Aviv (seulement par mail malheureusement) pour rencontrer son fabuleux créateur, Ori Toor. On a aussi interrogé l’équipe d’Electroni[k] pour en savoir plus sur le comment du pourquoi d’une identité visuelle confiée tous les ans à un artiste différent. On en a même profité pour leur demander de nous en dire un peu plus sur l’édition à venir. Et on se surprend maintenant à attendre de nouveau l’automne avec impatience ! Explications.

Maintenant - Identité visuelle 2015 - Ori ToorMaintenant, c’est quoi ?

2013-10-16-MAINTENANT-alter1fo 10L’association Electroni[k] propose différentes manifestations à Rennes, notamment pendant le temps fort Cultures Electroni[k], renommé Maintenant depuis 2013 (à ce propos, lire ici) , autour des arts, de la musique et des technologies au travers de spectacles variés et souvent atypiques, mais toujours d’une réelle qualité artistique. Cette année Maintenant aura lieu du 13 au 18 octobre 2015.

Chaque année, depuis 14 ans, Electroni[k] nous étonne donc avec des propositions souvent décalées : concerts sous l’eau, soirées clubbing, concerts en pyjama, drive-in, concert de légumes, de haut-parleurs ou de machines à coudre, boums familiales ou concerts de musique contemporaine n’en sont que quelques exemples !

Expérience1@Tambour-Maintenant2014-alter1fo (16)En plus des offres plus classiques, Electroni[k] s’attache ainsi à constamment expérimenter de nouvelles formes d’accueil et d’interaction avec le public : des lieux apparemment incongrus (une piscine, un dojo, une maison de retraite…), des formats étonnants (des concerts subaquatiques, des installations qui s’écoutent sur des lits suspendus, des concerts au casque…). Et surtout, une volonté de s’adresser à tous les publics (clubbers, familles, [k]ids, geek fou d’expérimentation, mélomane averti ou curieux, personnes en grande précarité sociale…).

Quelques questions à Gaétan Naël et Cyril Guillory à propos de l’identité visuelle, du choix d’Ori Toor et de ce à quoi on peut s’attendre pour cette nouvelle édition

Alter1fo : L’identité visuelle tient chaque année une grande place dans le festival. Tous les ans, vous allez chercher un artiste avec un univers singulier pour signer le visuel du festival, qu’il s’agisse du robot de Jean Jullien, de l’éclipse de Vincent Broquaire, de l’inquiétant manège d’Andrea Wan ou des foisonnantes créatures d’Hell’O Monsters, pour ne parler que des dernières années. Pourquoi cette volonté ?

Gaétan Naël et Cyril Guillory de Cultures Electroni[k] : L’identité visuelle du festival est la première création présentée au public. Chaque année un artiste français ou international est sollicité pour proposer sa vision du festival. Les artistes graphiques sont une réelle source d’inspiration, leur créativité est stimulante. Ils développent des univers personnels riches aux techniques diverses: illustrations à l’encre, dessin, dessin assisté par ordinateur…

Toutes ces techniques qui se renouvellent et se croisent, tous ces univers nous plaisent et nous avons l’envie de les partager. C’est aussi le cas avec d’autres projets d’Electroni[k] (résidences, expositions ou ateliers par exemple). Chaque année est l’occasion de donner une couleur particulière à l’édition du festival, l’identité visuelle est un élément communicant pour tous les projets. C’est un élément marquant qui va focaliser l’attention de nos équipes, des partenaires, des journalistes et bien sûr de nos publics. Nous aimons renouveler l’image du festival tout en gardant une constance dans la qualité et l’exigence de la réalisation. L’identité visuelle doit intriguer tout en étant accessible, elle doit être communicante tout en étant issue d’un univers personnel. Un challenge utopique que nous aimons relever avec passion tous les ans ! 

Comment avez-vous découvert le travail d’Ori Toor et pour quelles raisons avez vous choisi de lui confier la réalisation de l’identité visuelle cette année ?

L’équipe d’Electroni[k] est toujours en veille sur de nombreux projets artistiques et suit de nombreux artistes, c’est notamment le cas pour les arts graphiques. Nous échangeons régulièrement entre nous sur les artistes qui pourraient être sollicités dans les années à venir et nous nous tenons au courant des évolutions de ces créateurs. Nous essayons de solliciter des artistes au bon moment dans leur parcours. Si le fait de pouvoir travailler avec nous peut leur servir dans leur progression, le pari est réussi. Dans le cas d’Ori Toor, ces récentes réalisations avec cette dimension poétique qu’elles dégagent, la place donnée à l’outil numérique, nous ont convaincu de lui confier la création de l’identité visuelle 2015. Les choix des artistes au fil des ans composent un parcours que nous espérons cohérent (rétrospective des visuels du festival depuis 2001 ici), chaque année, ce choix se définit collectivement en fonction des éditions précédentes. Qui sait où l’artiste choisi en 2016 nous mènera ?

Beaucoup de choses sont encore confidentielles et en cours de réalisation actuellement, mais à quoi peut-on s’attendre pour l’édition 2015 de Maintenant ?

Des surprises ! Chaque année nous renouvelons les formats, nous proposons des créations, des rendez-vous intimistes, conviviaux ou plus festifs. Cette année, il y aura un nuage lumineux monumental à découvrir pendant une semaine dans la ville, un nouveau quartier général, lieu d’accueil et d’informations, à la salle de La Cité du 13 au 18 octobre avec des installations, des concerts et des ateliers. Nous accueillerons des artistes européens présentés dans le cadre d’une coopération internationale (la Plateforme SHAPE). Nous proposerons des parcours à travers la ville autour de plusieurs thématiques : la lumière, corps et numérique par exemple. Et dernière nouveauté : Demain ! Les rencontres de la créativité numérique. Mais chut… c’est encore un peu secret, nous vous en disons plus très bientôt !

Rencontre avec Ori Toor, l’artiste qui signe l’identité visuelle de Maintenant 2015

Alter1fo : Comment est-ce vous êtes entré dans le monde de l’illustration et de l’animation ?

Ori Toor : Ma mère est à la retraite maintenant mais elle était designer de textile et de tapis. J’ai passé une grande partie de mon enfance à jouer entouré de laines au milieu de piles de rouleaux de tapis. Les soirs, je regardais de quelle manière ma mère créait ses motifs – de magnifiques créations abstraites à l’aquarelle. J’ai commencé à dessiner à côté d’elle, mais j’étais davantage dans les dessins animés.
J’ai regardé un tas de cartoons de Beep Beep et Coyote et j’ai décidé extrêmement jeune que je voudrais faire de l’animation un jour. En grandissant, je me suis de plus en plus intéressé à l’animation en lisant des bandes dessinées et en dessinant.

Vous avez écrit sur votre site web que vous n’utilisiez « presque jamais de modèles de références ». Donc on ne vous posera pas la question de vos références mais plutôt des artistes que vous appréciez…

C’est une bonne question parce que bien que je n’utilise pas de modèles ou de documentation, je me sens inspiré. Mes artistes préférés (en répondant sans trop y réfléchir) sont Jim Woodring, Jon Burgerman, Souther Salazar, Paul Klee et les frères Fleischer [NDLR : précurseurs de l’animation, particulièrement connus comme créateurs de Betty Boop]. Bien sûr il y en a encore beaucoup beaucoup d’autres…

Je suis vraiment désolée, je n’y connais vraiment rien en art graphique et en animation, mais lorsque j’ai vu votre travail pour la première fois, j’ai tout de suite pensé à Hayao Miyazaki. Peut-être à cause de cette fluidité que vous donnez à votre travail graphique (aussi bien dans vos dessins que dans votre travail d’animation), peut-être aussi à cause de cette sorte de poésie que vos paysages et personnages imaginaires partagent avec ceux de Hayao Miyazaki. Est-ce que son travail vous inspire ?

Hayao Miyazaki est l’un de mes plus grands héros. Ces films ne manquent jamais de me faire me sentir bien (et créatif). Ce qui m’a attiré chez lui c’est le travail impressionnant autour du trait au Studio Ghibli. Mais encore plus que ça, c’est leur originalité et leurs inventions impressionnantes qu’on ne semble pas retrouver dans la plupart des animations américaines.

Vous avez dit que vous aimez improviser vos dessins et animations, que vous ne croquez ou ne planifiez jamais (« je n’efface rien » !) Est-ce que vous pouvez nous expliquer cela davantage ?

De façon basique, je commence avec un fichier vide (ou sur une feuille blanche) et je commence à dessiner. Parfois j’ai une vague idée à l’esprit, parfois non. Je trace une ligne ou une forme et je vois où cela me mène. Si j’utilise du papier (comme dans mon carnet à dessins), je n’efface pas les traits. Quand j’utilise l’ordinateur, je suis plus souple, j’essaie un peu de pousser et de fixer les traits lorsque je les dessine. C’est comme de l’art expressionniste avec un style proche de la bande dessinée (ou des animes japonais).

Vos personnages et vos environnements (qu’ils soient en arrière plan ou au premier plan) semblent avoir la même importance dans votre travail graphique (qu’il s’agisse de l’animation ou du dessin) comme si chaque élément des environnements que vous créez pouvait également devenir lui-même un personnage. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? Est-ce que c’est quelque chose que vous recherchez ?

Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert ! C’est exactement ça. Je considère que les personnages et l’environnement font partie d’un même « agglomérat ».

Je dessine des mondes et des créatures et j’aime brouiller la hiérarchie entre eux. J’aime faire des choses qui ressemblent de loin à une forme de corail ou à une pierre précieuse intéressante. Mais lorsque vous regardez de plus près vous pouvez y voir beaucoup de mouvement et de vie. Comme un écho à quelque chose d’existentiel – un instantané d’un gros amas informe de matière et de vie toujours changeant et en mouvement.

La musique électronique est souvent faite à partir de boucles. Dans vos projets d’animation, vous travaillez à partir de boucles animées. De quelle manière pensez-vous que la musique vous inspire ?

Je pense souvent que ma façon de travailler (en animation) est semblable à celle qu’utilisent les producteurs de musique (bien que je ne sache pas si c’est vraiment le cas dans la vie réelle).

Quand je crée des boucles, je ne sais pas à quoi elles vont ressembler une fois assemblées ou répétées plusieurs fois. C’est toujours une surprise qui a demandé auparavant beaucoup d’essais et d’erreurs.

Dans le meilleur des cas, je joue avec une boucle et je parviens au final à quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer. La musique électronique est le meilleur moyen de tester si une animation fonctionne. Une animation sans musique n’est réalisée qu’à 50%.

Vous avez récemment travaillé sur un projet d’animation épatant : vous avez créé une fresque vivante sur le toit de l’Opéra de Sydney avec d’autres artistes. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

C’était dans le cadre d’un festival annuel appelé VividSydney. Le studio Universal Everything (Royaume-Uni) a choisi 22 artistes du monde entier pour créer environ une minute d’animation qui allait ensuite être projetée sur les voiles de l’Opéra sur une musique composée par Simon Pyke.
C’est l’un des projets les plus cools auxquels j’ai eu l’honneur de participer. Ils m’ont envoyé le patron des voiles, une palette de couleurs et les mots « tourner sur soi-même » et « glisser » en me demandant de réaliser deux pièces de 39 secondes basées sur ces mots. J’ai eu une totale liberté et c’était un plaisir absolu à réaliser. Mais cela a été encore mieux de voir cela en vidéo avec toutes les autres magnifiques créations. J’ai eu l’impression de faire partie d’une grande communauté d’artistes de l’animation faisant des trucs expérimentaux dessinés à la main.

Vous avez réalisé l’identité visuelle de Maintenant. Que vouliez-vous faire avec ce projet ?

Pour Maintenant, je voulais faire une planète ronde emplie de fleurs, de nuages, de formes abstraites, avec des personnages et des maisons cachés, des volcans et des biosphères, et un tas d’autres choses que vous ne pouvez pas vraiment expliquer. Je voulais qu’on le perçoive comme un festival ou une fête compressée en un seul objet tournant, doté/pourvu d’un cycle jour/nuit.

Vous avez écrit que vous “pouviez seulement créer quelque chose à partir de rien”. Est-ce que Maintenant vous a laissé carte blanche pour cette identité visuelle ou avaient-ils des demandes précises ?

Pour ce projet j’ai avancé des idées très générales et expliqué la manière dont je travaillais. Maintenant a eu quelques demandes mais c’était des requêtes que j’ai vraiment appréciées. Ils ont continuellement poussé pour que le projet soit plus abstrait, plus artistique, et gagne en puissance mais m’ont donné une grande liberté. Au final, je pourrais dire qu’ils m’ont laissé exprimer mon art.

Est-ce que vous avez fait du vélo pour créer cette identité visuelle pour Maintenant ? [Ori Toor dit que sa principale manière de travailler consiste à mettre ses écouteurs sur ses oreilles, de monter sur son vélo pour aller faire un tour. L’inspiration lui vient comme cela]

J’ai fait du vélo, j’ai marché sur la plage et regardé des photos que j’avais prises l’année dernière pendant des vacances en Islande.

Maintenant - Identitié visuelle 2015 - Ori ToorQuelle sorte d’outils (analogique, digital) avez-vous utilisé pour créer l’identité visuelle de Maintenant ?

J’ai une petite tablette Wacom bon marché que j’aime vraiment. Ce projet est  complètement réalisé en dessin vectoriel, avec de minuscules corrections pour la couleur réalisées avec Photoshop.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le fait de travailler sur ce projet ?

Tout ! J’aime toujours ça lorsque je peux faire mon propre truc. Et j’ai aussi aimé savoir que mon travail serait finalement accompagné par une belle typographie.

Pour finir, quels sont vos prochains projets ?

Je suis actuellement en train de travailler sur des choses personnelles encore confidentielles. Je pense également à une exposition. Et je viens de commencer les premières ébauches d’un travail pour un livre pour enfants.

Merci !!

Merci à vous, j’ai vraiment apprécié vos questions !

Retrouvez ici tous nos articles sur Maintenant avant, pendant et après le festival.


Gratitude éternelle au Joyce d’alter1fo pour son précieux coup de main sur la traduction : Mr. B

Un immense merci également à Ori Toor, Cyril Guillory et Gaétan Naël pour leurs impressionnantes disponibilité et célérité


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Maintenant aura lieu du 13 au 18 octobre 2015.


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