Maintenant 2014 – Contrastes sonores et visuels au Vieux St Etienne

Machine_Variation-Expérience3@VieuxStEtienne-Maintenant2014-alter1fo (12)Contraste, c’est le nom qu’aurait pu porter l’Expérience 3 menée à la chapelle du vieux Saint Etienne durant Maintenant cet après-midi du 18 octobre.

Plongées dans l’obscurité deux installations se font face. Deux installations aux univers différents. Réunies dans un même espace. L’une équipée de trois pupitres surmontés de haut-parleurs, et d’un ordinateur chef d’orchestre.

La disposition des pupitres forme un espace. La mise en lumière dessine cet espace et met en scène les 3 musiciens  équipés d’une large feuille métallique (de métal offset format raisin) qu’ils font vibrer aux variations de l’enceinte.

La performance musicale de Vincent Roussel, Umlaut, est monocorde et ondulante. Sur cette progressive composition les artistes déplacent, contorsionnent la feuille de métal au-dessus de l’enceinte, afin de sculpter le son. Rien n’est laissé au hasard : chaque mouvement des artistes a été soigneusement écrit, à la manière d’une partition gestuelle.

VincentRoussel-Expérience3@VieuxStEtienne-Maintenant2014-alter1fo (2)Les sonorités prennent des aspects de scie musicale. Les éclats de reflets attirent toute l’attention des spectateurs. Son et lumière se mettent en danse. Instinctivement les spectateurs entrent dans l’espace lumineux pour se plonger au cœur de la représentation. Au centre de cette scène publique, le moment prend des allures de méditation. Les gens sont immobiles, debout, captivés par le drone de la pièce. Certains en satellite se déplacent à l’extérieur, dans l’obscurité. Jetant un coup d’œil par-dessus l’épaule des musiciens. Scrutant le spectacle des artistes et des spectateurs qui s’offre à eux.

La représentation durera 15 minutes. 15 minutes pendant lesquelles certains trouvent le temps long, les variations musicales étant très infimes. D’autres, au contraire, sont totalement hypnotisés par la vibration sonore.

Machine_Variation-Expérience3@VieuxStEtienne-Maintenant2014-alter1fo (9)La seconde œuvre, Machine Variation, réalisée par Martin Messier et Nicolas Bernier, est en total contraste. Un grand assemblage de bois, sorte d’instrument de torture médiéval, des lances de cheverons, des béliers rendent la structure imposante. La lumière est braquée sur cette sculpture de bois. Projetant les ombres des leviers sur les murs de la chapelle, donnant un aspect très théâtral à la représentation. Les jeux de lumière trouvent une résonance particulière dans l’écrin du Vieux St Étienne accentuant encore le côté dramatique de la performance.

Le temps que les spectateurs s’assoient par terre, et la machine prend vie, actionnée par les musiciens qui tirent, relèvent, poussent les différentes pièces de bois. Les claquements, fracas et autres grincements de bois sont amplifiés, leur sonorité est retravaillée, synthétisée. La gestuelle des musiciens est vive et ample, accentuant encore leur volonté de présenter un spectacle physique (de la musique électronique jouée avec tout le corps, loin de l’image du musicien immobile derrière son laptop). Après le drone lancinant de la première partie, la composition des deux Québécois semble heurtée, rythmée, et jouer sur les ruptures sonores et les fracas synthétiques.

Du début à la fin, la représentation est dynamique et rythmée aussi bien du point de vue du son que de l’image. Ici ce ne sont pas les spectateurs qui tournent autour de la machine, ce sont les deux chorégraphes qui la déplacent brusquement sur elle-même. Et ils continuent à taper aussi énergiquement, actionnent les perches de bois, propulsent les béliers. L’ensemble de la structure oscille, semble frôler ses limites. Puis « l’expérience » prend fin.

Mais pas pour tout le monde, puisque les deux artistes invitent en effet le public à venir découvrir la machine de près, à apprivoiser à son tour la bête de bois et de câbles. Timidement, certains s’approchent et poussent délicatement les leviers, tandis que d’autres sont déjà plus énergiques, encouragés par les deux artistes qui prennent le temps d’expliquer les rouages de la machine et leur démarche.

Au final, les deux pièces auront réussi à leur manière à sculpter l’espace, invitant les spectateurs à pénétrer deux univers différents et étonnamment complémentaires.

Photos : Mr B (pendant la représentation de la veille)

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Le site de Maintenant : http://www.maintenant-festival.fr/

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