Littérature jeunesse : lire Autrement…

 

 

Entre deux.

Entre le froid et la douceur, entre l’hiver et l’été, entre le monde du Nord et le monde du Sud, entre elle et lui. Il y a trop de temps, trop de kilomètres. Le plus simple, s’écrire… et surtout se rejoindre.

 

© Marie Caudry / Autrement 2012

Lire autrement, c’est d’abord possible parce que certains écrivent autrement. Et Autrement édite à sa façon et nous permet de nous glisser dans l’intimité d’une conversation épistolaire à une seule voix qu’a délicatement mise en mots Gauthier David et que Marie Caudry accompagne de ses illustrations généreuses et oniriques.

 

Ce livre est une succession d’une vingtaine de lettres courtes que l’Ourse adresse à son cher Oiseau parti en migration le temps de l’hiver. L’été fut trop doux, l’été fut trop court, et le temps paraît infini jusqu’au retour du voyageur ailé… même en écrivant tous les jours et en confiant ses missives au vent. Alors grande décision, l’Ourse part retrouver son Oiseau, et ses lettres nous permettront de suivre ses aventures, ses rencontres, jusque sur cette île au Sud où le cher Oiseau n’est plus. Mais avant de s’en rendre compte, il faudra traverser l’inquiétante forêt noire, plonger dans la mer, « se cramer les pattes » près des volcans, se protéger du tumulte d’une guerre, découvrir que d’incroyables amitiés permettent des fêtes extraordinaires, s’assoiffer dans le désert, naviguer, attendre avec une pointe de déception, recevoir de l’aide qu’on croyait impossible. Et se retrouver tout à la fin. Sans plus un mot.

 

 

Lire des lettres, c’est une autre respiration, c’est devenir l’expéditeur, c’est deviner sous les tournures comme le cœur bat fort, c’est parfois dire un peu moins que tant on aime parce qu’on n’ose pas le dire autant.

 

© Marie Caudry / Autrement 2012

 

 

Gauthier David a su de manière très simple donner vie à cet échange à sens unique, ces lettres sont de rêve et de réalité mêlés, une sirène, de la gelée de groseille, du sable étoilé, des signatures appropriées aux aventures… Dire le manque, l’impatience, les choses et les gens qui passent en attendant, être vrai pour être cru. Après lecture il y a urgence, chercher une plume, une page et un destinataire ! Après lecture, il y a latence… après tout, prendre son temps puisque la correspondance gagne en force impatiente quand elle perd de son immédiateté virtuelle.

 

© Marie Caudry / Autrement 2012

 

Et Marie Caudry crée le miroir des lettres sur de pleines pages colorées, inventant des arbres qu’on dirait nuageux, cachant des trolls entre les troncs, hallucinant les paysages sous la mer ou sur la terre. L’Ourse a beau peser une tonne et demie, dans l’immensité du désert elle est minuscule. Les animaux côtoyés ont l’air mystérieux et bienveillants. Marie Caudry nous enrobe de douceur illuminée en parfaite réponse aux mots tendrement vivants de Gauthier David. Ce duo créatif est un petit bonheur à lui tout seul (enfin, tous deux !). On se demande si tout cela n’était pas un rêve, un rêve d’ourse ou d’oiseau, un livre rêvé, une lettre arrivée.

 

Autrement, qui a le plus bel âge qui soit, a aussi une parfaite définition de son travail d’éditeur particulier et si ce seul bel album n’est qu’une petite clef pour entrer dans ce monde « à la fois intellectuel et intuitif, savant et pragmatique » si bien en lien avec notre monde, c’est une clef délicatement ouvragée, ciselée avec passion, qu’on aura plaisir à tenir en main et à poser dans d’autres mains aimées.

 

Les lettres de l’ourse, Gauthier David et Marie Caudry, Autrement, 14€50.

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