Le Vieux-Rennes – la Rue de Penhoët

Dernièrement, les services de la ville ont engagé une procédure de péril imminentsource à l’encontre de 4 immeubles situés dans le centre ancien de Rennes, rue de Penhoët. L’ensemble des occupant·es ont été évacué·es depuis et deux commerces sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Cette mésaventure est l’occasion pour nous de revenir sur l’histoire de cette rue si pittoresque, reliant la place Saint-Michel dans sa section ouest-est à la place Sainte-Anne par sa section sud-nord.

Autrefois, cette rue était divisée en 2 tronçons aux noms bien distincts : la rue de la Poulaillerie et la rue Fracassièresource (ou rue de la Fracasserie). Cette dernière abritait de nombreuses boutiques de maréchaux-ferrants, de forgerons et de serruriers, installés dans les rez-de-chaussée qui ressemblaient plutôt à des sous-sols. Le nom de « fracasserie » faisait référence au tapage continuel, occasionné par le bruit assourdissant des marteaux frappant sur les enclumes. À l’époque, les rues évoquaient, avec pragmatisme et sans grande originalité, l’activité principale des artisans qui s’y trouvaient (rue de la cordonnerie actuellement, rue de la monnaie, rue de la Ferronnerie, rue du Pont aux foulons…, etc. )

Musée de Bretagne, Collection Arts graphiques

La rue de la Fracasserie portait donc ce nom depuis la place Sainte-Anne jusqu’à l’endroit où elle s’élargissait avant de déboucher sur la place Saint-Michel. À partir de là, sur cette petite partie Est-Ouest, se tenait un marché en plein air, fréquenté par des marchands de volailles et de poulets. C’est de là qu’est venu ensuite le nom de « Poulaillerie ».

À l’entrée de la rue, étroite et sans trottoir, se trouvait un vaste hangar, surplombé d’un toit d’ardoises, soutenu par de gros poteaux en chêne massif et de poutres rustiques. Celui-ci deviendra officiellement, à la suite d’un arrêt de la Chambre du Conseil de l’Hôtel de Ville en juin 1787source, la salle de spectacle ou salle de la Comédie de Rennes. Elle le restera jusqu’en 1836. Seuls les acteurs des troupes qui avaient obtenus l’autorisation du Parlement ou du Bureau de police, à moins d’être une troupe labellisée, c’est-à-dire bénéficiant du « privilège », pouvaient monter sur la scène et être applaudi par plus de 800 personnes lorsque le spectacle affichait complet. Bien plus tard sur ce même emplacement, le « bal des Camélias » connu son heure de gloire, permettant à la jeunesse rennaise de venir se déhancher frénétiquement et… bruyamment, y a eu des plaintes !

Sinon quelques propriétaires eurent l’idée de transformer des immeubles en hôtels meublés « aux allures louches, dont des femmes de mœurs légères et des souteneurs devinrent la principale clientèle » pour reprendre l’expression extraite d’un article du « Ouest-Éclair ». Bref, la prostitution sévissait dans le secteur. La rue était d’ailleurs bien plus connue sous le nom de la « rue Poulaille ». À la suite des nombreux grabuges, la police expulsa tout ce p’tit monde et mis fin, pardonnez l’expression, à ce joyeux bordel.

Extrait du Ouest-Éclair
Extrait du Ouest-Éclair

La rue retrouva – enfin – son calme et sa tranquillité mais sa mauvaise réputation lui collait aux basques. Il faut dire que les rixes étaient malgré tout récurrentes devant les débits de boissons, ivresse oblige, que la bande des « apaches rennais » faisait régulièrement régner une inquiétante atmosphère, sans compter les tentatives d’escroquerie de la part de la célèbre cartomancienne Mme Peniguel qui habitait là. Difficile donc dans ses conditions de redorer son image.

Rue de Penhoët, Ouest-France

Pour y mettre un terme, une pétition fut lancée le 19 mars 1903 afin de faire modifier son nom. On efface tout et on recommence… La missive reçue un accueil favorable auprès du maire, Eugène Marie Pinault. Elle fut renommée, sur un rapport de Paul Banéatsource, par délibération du conseil municipal de la ville de Rennes le 6 novembre 1903. La rue de Penhoët était née.

Aujourd’hui, cette dernière conserve encore quelques vestiges à pans de bois, épargnés de l’incendie de 1720 et de celui de 1901. Et même si Mario Piromalli vient d’acheter trois immeubles, pour l’instant, aucune ouverture d’un McDo n’est en vuesource et c’est tant mieux ! Au n° 10, il est possible d’observer la plus petite maison de Rennes avec ses deux mètres de largeur (voir photo ci-contre, ndlr). Ses nombreux restaurants, sa laverie, son sympathique troquet « La Cour », son poste de police, permettent à la rue de rester animée. Pour l’anecdote, c’était la rue de Penhoët qui était à l’origine surnommée « rue de la soifsource » et non pas comme aujourd’hui la rue Saint-Michel !


 

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