Le Doux Parfum des Temps à Venir par Lyonel Trouillot

Le doux parfum des temps à venir est un texte poétique d’une soixantaine de pages. C’est le récit qu’une mère proche de la mort fait à sa fille. Lyonel Trouillot est un romancier (et poète) haïtien. Il est né en 1956 à Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui.

Lyonel Trouillot

Ce sublime chant des cités délabrées est celui d’un père, confiant à son enfant ce que la mère a murmuré jusqu’à son dernier souffle. Il suffit parfois d’un parfum, ou d’une odeur pour que notre vision du monde change. Une odeur de chemin, peut-être, « une odeur de route à prendre dans le matin clair » qui mettrait notre esprit en déroute.

Ainsi ce chemin choisi par Lyonel Trouillot raconte l’essentiel, la vie, ce que François Cheng appelle « le rayon d’or malgré les ténèbres ». Le langage déployé dans ce petit livret que Lyonel Trouillot a nommé le « Doux parfum des temps à venir » est plus chatoyant et plus pur encore dans le ciel haïtien.

Aussi, la vie pour Lyonel Trouillot est plus charnelle et plus sensuelle que l’or. Le rayon d’or de la femme qui parle est un premier souffle, « le premier souffle que la maman a retenu dans ses bras et senti sur sa peau ». Par ces mots, la narratrice, femme et mère, parle à sa fille d’une odeur de route à prendre, puis ajoute « quand tu es née, j’ai vu cette promesse, sortie de moi ». Tout au long du récit, et de ses révélations, coule l’amour d’une mère pour son enfant, en lui prodiguant conseils et encouragements, car ici commence ta vérité.

Mais il lui faut revenir sur ce qu’une mère parfois embellit : « Je t’ai dit que les rois m’apportèrent de la myrrhe, que les hommes de ma vie étaient des princes, je t’ai menti ». Et « Je t’ai encore menti car ils ont donné ma nudité en spectacle à la foule, je suis une femme marquée par la colère des hommes. Mais maintenant que tu as pris l’habitude d’aimer la vie, je peux te dire la vérité ».

Viens nous n’avons qu’une nuit pour en finir avec la fable : « Demain tu mettras mes yeux face à la mer et suivras ton chemin vers ton parfum de femme. Demain tu partiras. »

« Maintenant, écoute, dit-elle, toutes mes désillusions et pourquoi cette fleur posée sur ma peau, cette fleur de honte est l’odeur de la haine »La haine est partout présente, « son odeur je l’ai prise dans les alcôves des rois, à la forge de l’artisan et le taudis du miséreux »Il te faudra vaincre la haine.

L’Aube approche, j’ai fait mon temps. « Tu m’aideras à m’installer face à la mer ». Tu marcheras seule vers la conquête de ton essence. Il lui faut la mettre en garde, l’instruire car les mères ont cette sagesse là. « Mon seul legs est que tu deviennes, et chasses où que tu ailles la haine dont tu m’as préservée ». L’enfant est le plus beau cadeau du monde, car il porte la vie et jamais la haine.

Puis tu iras au sommet de la plus haute montagne et tu ouvriras le coffret de parfum qui libère, « le paradoxe du parfum c’est qu’il libère ce qu’il capture« . « Tu ouvriras le coffret et tu déverseras sur le monde l’odeur de fruit pur et de rosée franche, cette odeur de route à prendre dans le matin clair avec laquelle tu es née. »

Oui semble-elle dire, je vais mourir, mais je vivrai en toi, ne me cherche pas. Oui je suis déjà le parfum qui libère et que tu portes, le « Doux parfum des temps à venir ». 

 

Laisser un commentaire

* Champs obligatoires