la Panthère des neiges

Magnifiques instants sur les plateaux du Tibet.

Sur les plateaux du Tibet, se cache le monde de  La Panthère des Neiges, ce récit de Sylvain Tesson s’ouvre sur la plus inexplicable rencontre de l’homme avec l’animal le plus farouche du Tibet.

Le livre ci-contre est L’hommage de Sylvain Tesson à la nature, sublimé par une langue à l’affût de ses méditations.
Un sage taoïste nous parle avec les mots retranchés dans les anfractuosités des roches hivernales, chaque pouce de terrain de l’ample Himalaya pique sa curiosité.
En effet rien ne ressemble à son univers, à ce qu’il a connu, du passé il fait table rase. Ayant pour quelques semaines, déserté les chemins noirs, ces terres vagabondes de nos campagnes, sa pipe et sa casquette, il plonge dans le blanc territoire des panthères du Tibet.

L’ Affut, une prière.

L’aventure est totale, sans mesure, sans repère, à la découverte de l’inviolable panthère des neiges.
Sylvain Tesson aime se dépouiller. Tous les vêtements sont trop lourds, trop serrés pour celui qui cherche à s’élever, et à se délaver de ses idées,  de son passé.
Le long apprentissage de l’affût, devient un langage, comme une lecture nouvelle du taoïsme, une façon de renaître au monde, faire surgir le doute sur la notion de temps.
« L’affût, tel ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable ! Page 110. »

Ainsi, le rapport au temps à 5600 m d’altitude s’ébauche dans la neige et le froid. La nature devient l’étalon primaire, le guide inaltérable de notre présence. le déroulement de la vie de chaque espèce empreinte le rythme qui lui convient, le pas lent des saisons ou bien le balancement de la Lune, ainsi naîtront les nouvelles pousses.

Sylvain tesson va même plus loin dans sa réflexion, «  l’affût était une prière, page 57« . On faisait comme les mystiques on saluait le souvenir primal. L’art aussi servait à cela, recoller les débris de l’absolu.

La rencontre

Mais, quelle étrange méditation que de se tenir aux aguets ? « L’espace ne défile plus. le temps impose ses nuances, par touches. Une bête vient. C’est l’apparition. Il était utile d’espérer« . Mon camarade avait attendu la venue des musqués de Laponie. « Il s’était gelé des orteils dans la neige, posté jour et nuit, fidèle aux directives des snipers ; mépriser la douleur, ignorer le temps, ne pas céder aux fatigues, ni décrocher avant d’avoir obtenu ce que l’on désirait ».

Le 22 novembre dernier, passait sur Arte un document unique sur la panthère des neiges. C’était Munier qui filmait calfeutré derrière les pans de son abri. Une apparition comme un rêve, celle d’une mère et de son petit. Magique et émouvant de s’imprégner de ce couple qui se livre à une série de gestes de tendresse et de complicité. Puis on revoyait la mère repousser son enfant pour le libérer et qu’il puisse conduire son propre destin.
Chaque animal réalise sa part de vie et de beauté, écrivait Aristote.

La beauté et le silence

Cette plongée dans l’ultime présence de l’animal, est une inaltérable découverte d’un monde débarrassé d’une morale humaine, trop humaine ajoute Sylvain Tesson. La bête est un joyau serti dans la couronne: dût le diadème se laver de sang.
Pour approcher la beauté de ce monde minéral, la patience est une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné.
Dans le frémissement des feuilles le silence est un élixir de beauté.
Une rencontre inoubliable, des hôtes mystérieux de la glace, et du vide, les panthères des neiges.

Aimer la tranchante âpreté de la montagne, le laisser-passer est à ce prix ; glaçant et magnifique.

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