Jean-Paul Dubois raconte : Dialogue entre 2 détenus sur 6 m2

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, le nouveau roman de Jean-Paul Dubois est une plongée dans les affres des rapports humains, un dialogue d’anthologie.

Comment cohabiter dans une cellule de 6 m² avec un géant, Patrick Horton, un homme et demi, « qui s’est fait tatouer l’histoire de sa vie sur la peau du dos« , celle d’un Hells Angel.  Il est difficile d’imaginer qu’un homme de sa dimension puisse se plaindre de douleurs à une dent sans avoir le courage de se faire soigner. Comment espérer qu’une famille de rongeurs le laisse indifférent. Doit-on prier pour qu’il devienne plus discret en passant à sa toilette et cesse ses vocalises imitant le vrombissement des bielles entrecroisées d’une Harley-Davidson ?

Il faut pour accepter un tel colocataire, une patience d’ange, celle par exemple de Paul Hansen, qui ne connaît que par la rumeur les Hells Angel. Concoctées par Jean-Paul Dubois après une insomnie de 31 jours, les 240 pages de Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, offrent tout au long de 2 années d’enfermement un dialogue inclassable. Cette confrontation entre nos deux détenus de la prison de Bordeaux (Montréal) que tout oppose (pourquoi ne pas imaginer ce dialogue entre Depardieu et Michel Blanc), devient un dialogue d’anthologie.

Le jeu scénique préféré de Jean-Paul Dubois est d’inviter, les bons et les méchants, et dans le langage de Jean-Paul Dubois, confronter les crapules aux bienveillants.  Il donne d’ailleurs une définition assez précise d’une crapule ou d’un salopard incandescent : tout l’attirail d’un gommeux, l’archétype du fourbe cauteleux, du chacal sournois, mélange de familiarité et d’arrogance, de technicité et de mépris, fervent et résolu à veiller scrupuleusement sur tous les détails, le pervers adepte de rudoyer la piétaille.

La bienveillance est incarnée par Paul Hansen, mais aussi largement par son père le Pasteur Johanes Hansen et la lumineuse Winona qui le fera chavirer. A ce moment de leur histoire le bon pouvait encore l’emporter, largement. Mais un compagnon de route Noël Alexandre, l’a établi un jour capitaine du bateau l’Excelsior.

L’Excelsior était un immeuble à l’image de sa piscine. « C’était un immeuble fragile, fantasque aussi, joueur et primesautier. Été comme hiver, il fallait toujours garder un œil sur lui. Sinon, profitant de la moindre inattention, il risquait de lui fausser compagnie. (…) Il en allait alors de l’Excelsior comme du dentifrice, prompt à gicler hors de son tube, moins fervent pour y retourner. » Fallait-il que la cabane tombe sur Nouk, le chien ? Jean-Paul Dubois est un inaltérable amateur des anti-héros, c’est là son charme, celui d’écrire des contes qui finissent mal.

Jean-Paul Dubois Futur Goncourt ?

Un anti-héros façon Dubois est un personnage optimiste, un peu naïf, dont la vie s’égrène au jour le jour, simple et nonchalante. Il est convivial, aime la nature, les amis, et s’il se trouve confronté à une situation singulière et dramatique, c’est contre nature qu’il y fait face.  « Il réveillait en moi l’éducation que m’avaient prodiguée les loups », puis comme l’immense crapule, président du syndic de copropriété poursuit ses diatribes : « foutez-moi ce putain d’animal dehors je ne veux plus le voir ! C’est clair ! (…) C’est alors que les loups m’ont montré le chemin, j’ai bondi je l’ai percuté... » Paul Hansen est dans cet état d’esprit face au juge, Gaëtan Brossard, au physique de Viggo Mortensen. Il regrette, sans le dire le plus sincèrement, de n’avoir pas eu davantage de temps ou suffisamment de force pour briser tous les os de la carcasse de ce type méprisant, imbu de lui-même et répugnant. Viggo Mortensen répond à son silence : « j’attendais autre chose de vous Monsieur Hansen, une réaction plus appropriée« .

Comme son père le pasteur, Paul est totalement démuni face à la chance inespérée ou à la malchance cruelle. Il ne pourra à aucun moment appliquer la règle de son compagnon d’infortune, « une moitié de plaider coupable ». Personnage entier, en empathie avec les siens, avec son compagnon d’infortune trop souvent grincheux, Jean-Paul Dubois fait de Paul Hansen notre ami, un meilleur ami qu’on aimerait croiser dans sa vie, juste un homme plein d’humanité.

Un duo à l’humour décapitant ! Un livre culte qui en a toutes les ficelles, les excès, les humeurs.

1 commentaire sur “Jean-Paul Dubois raconte : Dialogue entre 2 détenus sur 6 m2

  1. Alain Fleitour

    ce genre de touche est à pleurer, imaginer Paul prier « pour qu’il devienne plus discret à chaque fois qu’il pose ses fondements sur la lunette des WC et cesse ses vocalises imitant le vrombissement des bielles entrecroisées d’une Harley-Davidson. »
    St Paul revient très vite te réincarner avec tes inspirations bibliques…

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