Lambchop partage classe et convivialité @ l’Antipode MJC

Depuis plusieurs années, l’Antipode MJC aime expérimenter de nouvelles formes d’accueil et d’interaction avec le public. Fondus du concept et nouveaux curieux se retrouvent ainsi quelques dimanches par an pour L’Instant Thé, après-midi gourmand et convivial autour de gâteaux, de thés et de concerts. Ce dimanche 29 février, c’est avec les Tombées de la Nuit que l’Antipode MJC s’associait pour nous proposer deux concerts pour un prix très raisonnable dans la salle de l’Antipode. D’une part, des Américains dont l’élégance est l’exacte opposée de celle de leur président :  Lambchop. Et juste avant une jeune pousse prometteuse : Liev. Autant dire qu’on y était sacrément nombreux.

Liev

Juste avant Lampchop, on est ravi d’enfin découvrir Liev dont on a lamentablement manqué les passages aux TransMusicales à l’Ubu ou aux auditions pour les Inouïs du Printemps de Bourges il y a quelques jours à peine à l’Antipode MJC. Fort heureusement, la jeune Belge (qui vit en terre lorientaise) assure quatre des premières parties de la tournée des Américains de Lambchop, nous permettant d’enfin l’écouter en chair et en os ce dimanche. Toute menue, la miss monte sur scène avec sa guitare, accompagnée par un autre guitariste et des boucles pré-enregistrées lancées sur l’ordinateur. C’est avec Always be like you, que le duo entame le set et déjà, la salle tombe sous le charme de la toute jeune femme (a priori, tout juste 17 ans), déjà touchée par son émouvante fraîcheur.

Mais il faut dire que la musicienne assure : c’est pop, mélodique, et ça coule tout seul. And they say, plus tard, tout comme l’excellent titre qui suit, avec sa mélodie hyper catchy et la voix de la jeune femme, particulièrement bien placée, sont de (très) jolies réussites. A côté, le second guitariste joue parfois sur la disto, assure parfois la guitare lead (notamment quand Liev pose la sienne), insère quelques harmoniques mutantes, et lance les boucles.

Ces dernières sont de temps en temps seulement rythmiques, de 4 temps on the floor en crépitements légers, ailleurs vocales pour doubler (voir tripler la voix de la chanteuse), avec aussi de temps en temps, de nouvelles sonorités et effets qui viennent habiller les morceaux. C’est fait avec des bouts de ficelle, mais ça tient déjà bien la route.

Alors certes, la jeune femme est encore en train d’affirmer son style, d’affiner ses compositions et de construire son univers, mais si on en croit ce qu’on entend ce soir, on tient déjà là une jeune pousse particulièrement prometteuse. Toute mini, la demoiselle a déjà une sacrée présence (elle n’a pourtant pas fait beaucoup de concerts !), marquée par une gestuelle hachée, toute personnelle et un naturel plutôt désarmant. Si on ajoute à cela un vrai talent pour écrire des mélodies pop (on pense aux derniers albums des Américaines Mitski ou Angel Olsen en point de mire), une réelle générosité et une honnêteté essentielle, on comprend sans peine les (très) chaleureux applaudissements qui viennent saluer les 7 titres joués ce soir par le duo.

Lambchop

Après cette mise en bouche pétillante et sucrée, Lambchop fait une jolie entrée distribuant discrètement des fruits aux bambins collés devant (puis sur) la scène, là une banane, ici une clémentine, avant de s’installer comme à son habitude en arc-de-cercle. A gauche, c’est le nouveau batteur Andy Stack qui s’installe derrière les fûts, tandis qu’à côté de lui, caché sous son bonnet et ses lunettes Matt Swanson prend la basse. De dos, tout à droite, Tony Crow s’assoit face à ses partitions et son piano à queue. Kurt Wagner, casquette DDD toujours vissée sur la tête, se glisse au centre, derrière un micro et un tabouret surmonté d’une mallette.

On se souvenait de Kurt Wagner et ses chouettes sbires en chantres d’une country alternative sans œillère, aux arrangements folk et jazz d’une classe à tomber par terre. L’album Flotus, paru à l’automne dernier, s’est permis de totalement culbuter le genre, nous hérissant d’abord l’oreille (indigestion d’autotune et consorts par ici), nous captivant ensuite finalement par la richesse et l’inventivité de ses arrangements et de ses constructions. On est donc immensément curieux de voir comment les Lambchop vont transposer ces nouvelles directions sur scène et de quelle manière ils vont adapter leurs morceaux au live.

Dans un silence impressionnant, Kurt Wagner crée de premières boucles vocales, intenses, à l’aide d’une sorte de processeur vocal qui permet un traitement de la voix en temps réel. Lentement, les boucles se superposent, créant une sorte de berceuse moderne, répétitive qui emmène doucement les spectateurs sur orbite. Progressivement, une note à la basse s’agrège, suivie par quelques percussions des fûts aux balais, un piano discret et quelques samples ajoutés aux machines (Andy Stack en plus de gérer ses baguettes, balais, fûts et autres pads percussifs, ajoute en effet plusieurs sons aux machines). Le morceau (NIV) gagne lentement en ampleur et enfle doucement. Mais tout comme sur The Hustle, qui suit, dès les notes les plus feutrées, l’intensité est quasi palpable, démontrant s’il était besoin qu’on peut tout autant être intense avec économie et justesse. Less is more.

Ainsi sur The Hustle, Kurt Wagner se saisit de sa guitare folk-jazz, prenant complètement à contrepied la version électronique de l’album.  Les cordes de la guitare patinée par les tournées, à peine amplifiées tapissent nos oreilles avec délicatesse. Le musicien abandonne le processeur vocal (ce qui n’est pas pour nous déplaire, on ne se refait pas…) et sa belle et chaude voix grave emplit la salle. Infiniment classe, la version totalement ré-arrangée par rapport à l’album, se pare de mélodies au piano d’une délicatesse, d’une immédiateté à la Joe Hisaishi et emporte haut la main les suffrages.

Bon, il faut dire que ces musiciens sont des bêtes. Qu’il s’agisse de la dextérité au tricot de cordes du bassiste (on s’en rend compte sur In Care Of 8675309 juste après), des richesses rythmiques proposées par le batteur (passant de balais aux mailloches, retournant ailleurs ses balais pour percuter fûts -parfois enveloppé d’un t-shirt- et pad électronique avec le manche) ou de la subtilité faussement désinvolte de Tony Crow au piano, dont les arrangements se révèlent bluffants de bout en bout du set.

Directions to the can voit revenir le processeur vocal, les boucles électroniques plus prégnantes mais également un swing plus marqué à la guitare folk et aux fûts, pour un titre mêlant avec une réelle habilité colorations jazz, électronique et folk. L’apparition d’une rythmique quasi acid jazz plutôt surprenante, rappelle de loin dans le brouillard les expérimentations jazz de Bowie sur son dernier album. Le propos devient de plus en plus entraînant avec Old Masters et ses accords plaqués au piano et sa voix trafiquée. Les anciens morceaux,tel Poor Bastard (Hank, 1996) sont passés à la même moulinette du vocoder. Juste après, les tonalités électro de Writer, rebondissant d’ostinato en arpèges scandés par le piano, de boucles de cuivres en tissage arachnéen à la basse, font s’agiter doucement les nuques. Devant nous, des sœurs de 3 et 5 pommes se font des câlins sur le bord de la scène, dodelinant ensemble de la tête.

Tony Crow commence alors à plaisanter avec la foule : « y a-t-il des fans de country dans le public ? … C’était juste pour savoir… Parce qu’on ne jouera pas de country » instaurant jusqu’à la fin du concert une ambiance décontractée, espiègle (ah, ces Canadiens !) et généreuse (Kurt Wagner et lui se renvoyant parfois la balle dans les rires de la salle). Les musiciens semblent d’ailleurs ravis de jouer devant un public de tout minots et d’admirateurs super attentifs (mention spéciale aux petits loups qui auront été d’un calme olympien tout au fil du concert, d’ailleurs particulièrement long et généreux -trop ?-).

Hormis la pause (sans autotune !) du très jazzy et délicat The New Cobweb Summer (Is a woman, 2002), sacrément classieux, les titres font décidément la part belle à Flotus puisqu’on entend notamment le lentement chaloupé In Care of 8675309, un Flotus aux étonnants arrangements de piano, l’atmosphérique et planant JFK se finissant tout en syncopes et en breaks jazz, un Relatives #2 épatant par ses descentes d’arpèges au piano tantôt à la Debussy tantôt aux légères colorations jazz, un Harbour country tout en suspensions éthérées ou encore Howe. Bon, tout est parfaitement dosé, exécuté avec une maîtrise bluffante, mais on l’avoue : on n’en peut quand même plus de l’autotune… Même si on comprend la démarche artistique des gars de Nashville. D’ailleurs la chaleur des applaudissements ne se dément pas.

D’autant plus qu’en ouverture de rappel, Kurt Wagner glisse que nous sommes bienvenus chez lui. « Surtout si vous êtes musulmans » ajoute Tony Crow, salué par de nouveaux applaudissements. Le plus ancien Gone Tomorrow, issu du précédent long format des Américains sera l’avant-dernier (excellent) titre joué, arrangé de façon classique (guitare, basse, piano, batterie) et viendra quasi clore ce (long) concert d’une grande générosité, devant un public -certes déjà acquis à la cause Lambchop- totalement ravi. Le plus fort étant que les Américains ont même réussi à capter l’attention des plus jeunes longuement. Pour preuve, ce petit bonhomme, assis sur la scène, qui croque Tony Crow à son piano pendant le concert puis lui tend son dessin à la fin du show. En échange, le musicien, ravi, lui offre la setlist. Jolie image qui résume bien la générosité et l’affection partagée des deux côtés de la scène cet après-midi.

Photos : L’infatigable Mr B.


2 commentaires sur “Lambchop partage classe et convivialité @ l’Antipode MJC

  1. djeepthejedi

    J’ai rarement vu des bouts de ficelles dégager autant de fraicheur et de spontanéité quand même 😉

  2. Isa

    tout à fait d’accord djeepthejedi 😉

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