[Dossier] Panorama de la musique islandaise (2/3)

Cet article fait suite à la première partie du dossier « Panorama de la musique islandaise »

Sigur Rós

Après Björk, Jónsi et sa bande sont probablement l’émanation la plus célèbre de la petite île de l’Atlantique Nord. Si le groupe reste relativement peu connu du grand public (il passe peu sur NRJ, et ses titres sont peu repris par les candidats de The Voice…) il est adulé par beaucoup sur la scène indépendante, où il trace sa route dans une veine post-rock onirique depuis une vingtaine d’années. Sa marque de fabrique: la voix troublante et haut perchée de son leader Jónsi et sa langue imaginaire, de la guitare électrique jouée à l’archet, et des envolées pleines de mélancolie.

Si les débuts (« Von ») sont hésitants, lorgnant du côté des expérimentations noisy-pop de My Bloody Valentine, Sigur Rós commence à imprimer sa marque avec son second opus « Ágætis Byrjun ». L’album débute par quelques titres de haute volée mais tend à faiblir sur la fin. Sigur Rós sort ensuite « () », un album dont le titre suscitera une certaine perplexité chez tout fan désireux d’y faire référence verbalement dans une conversation.

Ce troisième opus à la qualité plus constante montre que Sigur Rós sait désormais tenir sur la longueur, ce que le groupe confirme avec un quatrième album magistral, « Takk », probablement leur meilleur à ce jour. « Takk » signifie « Merci » en islandais, et c’est ce qu’on a envie de dire à Sigur Rós pour ce moment de grâce.

L’album suivant s’intitule « Með suð í eyrum við spilum endalaust », et permet de relativiser l’imprononçabilité de « () » dont on s’était précédemment plaint. Le disque, qui se voulait le reflet d’une nouvelle dynamique plus lumineuse, désoriente les fans du groupe, et il est vrai qu’il n’est pas une totale réussite. A cet égard, l’échappée solitaire de son chanteur Jónsi dans cette même veine (« Go ») est plus intéressante. Sigur Rós revient ensuite à ses fondamentaux avec « Valtari », album plus rêveur et mélancolique, suivi d’un « Kveikur » un peu plus animé qui fait suite au départ du claviériste du groupe. Un huitième album est en préparation, précédé d’une tournée américano-européenne (passage en France fin septembre 2017 au Grand Rex, deux dates prévues initialement et une troisième récemment ajoutée, les deux premières étant déjà bientôt complètes…)

Jónsi, en plus d’être le talentueux chanteur de Sigur Rós, forme un duo artistique multidisciplinaire ainsi qu’un couple à la ville avec l’américain Alex Somers. Outre leur musique (un album « Riceboy sleeps », paru en 2009), vous pourrez vous délecter de leurs recettes de cuisine vegan+crudivore (un régime alimentaire consistant donc à se nourrir exclusivement de végétaux crus) présentées sur leur chaine Youtube dans un anglais teinté d’un accent islandais à couper au couteau de boucher, telles que les lasagnes vegan crues.

Amiina

Amiina est à la base un quatuor à cordes qui collabore régulièrement avec Sigur Rós, aussi bien en studio que sur scène (on peut les voir sur la vidéo du titre « Vaka » ci-dessus). Cependant, les quatre femmes produisent également leurs propres albums, petits bijoux intimistes soigneusement arrangés dans lesquels elles jouent de bon nombre d’instruments acoustiques. Sans faire offense aux deux suivants, leur premier disque, « Kurr », est un ravissement.

Soley

Multi-instrumentiste passée par l’Académie des Arts islandaise, Soley pratique un genre de folk onirique en solo, tout en collaborant en parallèle au groupe Seabear. Que dire de plus, sinon qu’il faut écouter ses deux albums et ses trois EP car c’est très bien.

Seabear

Seabear est un groupe en activité depuis une dizaine d’années. Ceux qui aiment les Anglais de Tunng, l’Américain Sufjan Stevens ou le(s) Français Cocoon devraient trouver leur bonheur à l’écoute de Seabear auquel participe donc, pour ceux qui suivent un peu : Soley.

Múm

Si Amiina avait mis la main sur quelques synthés cheap, cela aurait peut-être ressemblé à du Múm. En effet, Múm mélange habilement sonorités folk et bidouillages électroniques, lui conférant un univers très personnel. Si le terme « folktronica » a au départ été inventé pour décrire la musique d’artistes comme Four Tet, il s’applique également très bien à la musique de Múm. Au risque de passer pour un vieux réac, on déplorera seulement que chez Múm, « c’était mieux avant ». En effet, le départ de certains membres du collectif, et peut-être quelques passages à vide des membres restants, font que s’il ne fallait garder qu’un seul album du groupe, ce serait très certainement le premier, vieux de 15 ans: « Finally we are no one ». Même si certaines de leurs productions récentes restent tout-à-fait dignes d’intérêt.

Retrouvez la fin de ce dossier dans la troisième partie à venir…

Laisser un commentaire

* Champs obligatoires