Alambik 2016 – L’ivresse de la tornade

Après une soirée apéro semble-t-il bien délurée au bar Marquis de Sade la veille, le festival Alambik importait ses flacons samedi 8 octobre 2016 aux Agités du Bocal. En plus de découvrir un lieu éminemment sympathique, nous avons passé une excellente soirée avec en point d’orgue le savoureux bordel tribal de Chocolat Billy.

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Nous avons donc loupé la soirée organisée en préambule vendredi 7 octobre au Marquis de Sade avec Ah-Ha. (le nouveau projet du rennais Grégory Hairon (Gregaldur) avec Benoit Lauby (La Terre Tremble!!!) et Hélène Philippe) et l’autre trio rennais La Honte. Des fans de ses derniers ont, semble-t-il, mis une ambiance d’enfer en réclamant à corps et à cris le fameux Michael (celui qui a trop tuné sa Laguna). On se rattrape donc le lendemain en découvrant les locaux occupés par l’asso de plasticiens et des créateurs Les Agités du Bocal. Ils accueillent également depuis peu quelques soirées concert. Un petite cour longiligne, un local  assez vaste, tout aussi en longueur, accueillant une scène au ras du sol, l’endroit est assez roots mais l’ambiance bricolo nous est instantanément sympathique et sied particulièrement à l’esprit foutraque de la programmation de la soirée.

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Le duo nantais Nina Harker lance la soirée. Le ton nous semble d’emblée plus dur que l’impression que nous avait laissé l’écoute de leur premier EP quatre titres sorti sur le tout nouveau label messin Le Syndicat des Scorpions. La voix haut perchée du chanteur/guitariste passée à la moulinette de moult effets apporte une touche abrasive a leur compos minimalistes ponctuées de samples facétieux et de riffs de guitare chaloupés. L’ensemble manque peut être un peu de relief mais le concert passe de façon très agréable et on apprécie tout particulièrement les morceaux sur lesquels les deux voix interviennent.

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On retrouve alors le jeune trio rennais 178°. La bande fait parti de nos coups de cœur parmi les récentes formations locales depuis que nous avons vu, début 2016, leur excellente prestation dans la pénombre écarlate du Terminus. Plus à découvert que dans l’intimité du bar de la rue de Riaval, le trio lance une intro aux rythmiques bien lourdes avant d’enchainer sur une composition minimale et fragile avec juste guitare et voix. On aime toujours autant leur capacité à alterner les genres en toute liberté. S’enchaineront donc sans sourciller et avec une cohérence épatante de la pop sombre avec voix fantomatique, de l’electro puissante portée par des synthés entêtants, des cascades bruitistes, du hip hop bancal et sensible, de la samba déglinguée… avant de boucler le tout sur une belle envolée de crooner synthétique. On avoue les avoir sentis moins à l’aise sur ce concert que sur le précédent mais on trouve par contre la bande toujours aussi passionnante dans sa jubilation foutraque à créer un univers musical aussi personnel et singulier. On a maintenant très hâte de voir ce que donnera leur toute prochaine prestation aux Champs-libres dans le cadre de Maintenant 2016.

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Nous avions beaucoup apprécié Seb Normal et Liliane CHANSARD dans leur formation Le Chemin de la honte et nous étions très heureux de les revoir sous leur autre avatar : Delacave. Le duo est devenu quatuor avec l’arrivée de Quentin (du groupe Sida) à la batterie et de Cheb Samir à la guitare. Ils défouraillent d’entrée très dur avec leur cold wave sépulcrale au groove malsain et hypnotique. Le trio synthés/basse/batterie est d’une efficacité assez redoutable et résiste implacablement aux stridentes et délicieuses décharges électriques de la guitare. Attitude et énergie sont également impeccables et le concert passe comme un orage qui éclate juste au dessus de nos têtes. Pourtant, au final,  on ne peut s’empêcher de garder une petite préférence pour Le Chemin de la honte dont les compos plus resserrées et les impeccables textes en français nous semblent un cran au dessus.

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C’est ensuite le trio Nursery qui enchaine. Tout le monde attend (et réclame) le dernier groupe et le batteur s’en sort avec une pirouette en arborant un malicieux Chocolat Willy tracé sur le torse au rouge à lèvres. Là encore, l’énergie et la générosité du groupe sont indéniables mais on n’arrive cependant pas à rentrer dans leur punk garage avec voix à l’hélium. Nous lâchons l’affaire assez vite pour une petite pause (alors qu’une bonne partie du public s’en donne à cœur joie).

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Reste donc en guise de splendide cerise sur le gâteau les très attendus Chocolat Billy. Le quatuor bordelais s’est taillé au fil de concerts imprévisibles et joyeusement bordéliques une solide réputation scénique. Ils ne vont pas la faire mentir ce soir là. Les quatre larrons enquillent avec une énergie folle un rock braillard, bruitiste et dégingandé teinté de rythmiques sauvages et tribales. Leur set est un grand maelstrom sauvage et improvisé dans lequel il est assez délicieux de se jeter à corps perdu. Exactement le genre de musique pour laquelle on arrête immédiatement de réfléchir pour se laisser prendre dans le tourbillon. Un concert qui vous happe et ne vous relâche qu’à la dernière note, totalement essoré… et ravi. On ressort de là avec le sentiment de n’avoir entendu qu’un immense et unique morceau où tout est possible, y compris délirer des paroles, régresser totalement ou changer d’instruments en cours de route.

Il est très très tard mais cette dernière salve ne nous laisse aucun regret. On repart avec le sentiment d’une édition peut-être un poil moins intense que les précédentes mais au moins toujours largement au dessus du lot des communs en matière d’aventures musicales barrées et excitantes.

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